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Pour l'OCDE, le gouvernement français doit réformer plus tout en tirant les leçons des gilets jaunes

Le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria a remis ce mardi l'Étude économique 2019 sur la France au ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

Le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria a remis ce mardi l'Étude économique 2019 sur la France au ministre de l'Économie Bruno Le Maire. - Eric Piermont - AFP

L'Organisation estime que le gouvernement a déjà mis en place des réformes ambitieuses, qui devrait relever le PIB par habitant de 3,2%, mais l'invite à aller plus loin. En revanche, le gouvernement doit garder en tête les effets sur la redistribution, pour que les réformes soient acceptées par les Français.

Le gouvernement doit poursuivre et même aller plus loin dans les réformes, à en croire L'Étude économique de la France 2019 de l'OCDE publiée ce mardi. L'Organisation prévoit une croissance autour de 1,3% pour cette année et la suivante, soit légèrement en dessous des objectifs du gouvernement.

D'un côté, le ralentissement économique des principaux partenaires commerciaux du pays, notamment l'Allemagne dont la croissance devrait rester sous la barre de 1% en 2019, doit peser sur les exportations et l'investissement. De l'autre, "la progression de l’emploi, la hausse des salaires réels, les baisses d’impôts et la diminution des prix du pétrole soutiendront la consommation des ménages", anticipent les auteurs de l'étude, tout comme "les mesures sociales prises à la fin de 2018".

L'OCDE observe que le mouvement des gilets jaunes a "eu peu d’impact" sur l'économie en 2018, "mais leur persistance pourrait créer de l’incertitude et pèserait sur les perspectives économiques", prévient l'Organisation. C'est pourquoi elle invite le gouvernement à poursuivre les réformes, mais en tirant des enseignements de cette révolte populaire.

"Les récents mouvements sociaux ont mis en avant la nécessité de prendre pleinement en compte les effets redistributifs pour aider à l’acceptabilité sociale des réformes nécessaires à une croissance plus inclusive et durable."

"Poursuivre des réformes ambitieuses"

Une "croissance inclusive et durable", de quoi s'agit-il? L'OCDE observe que le niveau d'emploi en France est encore trop faible par rapport à ce qu'il était avant la crise de 2008 et cela touche "en particulier les personnes peu qualifiées, les jeunes et les travailleurs âgés". De même, les dépenses publiques ont continué de croître, impliquant une fiscalité élevée pour les financer, pesant sur le pouvoir d'achat, selon l'Organisation, qui pointe que la dette publique frôle les 100%, sans entamer une réelle décrue.

Pour y remédier, l'OCDE estime qu'il faut passer par "une croissance plus forte et plus inclusive", qui "demandera de poursuivre des réformes ambitieuses".

"Il s’agit d’améliorer le fonctionnement du marché du travail, de renforcer la concurrence, de limiter les dépenses publiques et de réduire à terme les taux de prélèvements obligatoires", autrement dit baisser la fiscalité. 

Le gouvernement a déjà entamé ces réformes. Les mesures prises pourraient relever le PIB par habitant de 3,2% sur les dix prochaines années, selon les calculs de l'OCDE. L'Organisation estime que ses recommandations permettraient de faire mieux, en augmentant le PIB par habitant de 5,1%. Les gains de ces réformes seraient concentrés sur les classes moyennes et populaires. "La mise en œuvre de ces réformes nécessitera des mécanismes de compensation adéquats afin qu’elles soient perçues comme un moyen de promouvoir l’égalité des chances", souligne l'Organisation.

Âge de départ à la retraite, contrats courts... ce que recommande l'OCDE

Comment y parvenir? L'OCDE a passé en revue les domaines dans lesquels le gouvernement doit agir. Concernant l'emploi et le marché du travail, l'Organisation juge qu'il est dans la bonne voie et l'invite à approfondir ce qui est déjà en place, notamment en renforçant les mesures d'accompagnement et de formation comme la Garantie Jeune et le Plan d'investissement dans les compétences.

Elle suggère de renforcer les relations entre les entreprises et le système éducatif pour une meilleure adéquation entre les diplômes et les offres d'emploi. Une façon de lutter contre ce paradoxe français où les employeurs font part de leurs difficultés croissantes à recruter et de l'autre de nombreux jeunes sont sans emploi, ni formation. L'OCDE recommande également d'"augmenter le coût relatif des recrutements" en contrats courts et de "réformer le système d’assurance chômage afin qu’il n’incite pas à enchaîner de façon récurrente les courtes périodes d’emploi et de chômage", soit quasi mot pour mot la réforme prévue par le gouvernement, avec le controversé bonus-malus sur les contrats courts.

Sur le plan des finances publiques, l'Organisation recommande de poursuivre la révision générale des dépenses. Elle pointe l'augmentation notoire des dépenses de santé et celles des collectivités. L'OCDE estime que fusionner les minima sociaux et les aides au logement permettait de mieux gérer ces aides et recommande de mettre en place de nouvelles mesures pour "relever l’âge effectif de départ" à la retraite. L'âge auquel les Français partent effectivement à la retraite est 60 ans et demi, selon les chiffres de 2016 de l'OCDE, à ne pas confondre avec l'âge légal qui est 62 ans. 

Concernant la fiscalité, l'OCDE recommande de limiter les exonérations de TVA qui de toute façon "bénéficient peu aux plus modestes" et de revoir les taxes environnementales, comme la taxe carbone, en prévoyant des modifications qui n'augmentent pas la pression fiscale et "des contreparties pour favoriser l’équité." Tout comme la Commission européenne, l'OCDE suggère à la France de simplifier les normes pour les entreprises et d'ouvrir davantage les professions réglementées, à l'instar des notaires et des pharmaciens.

Investir dans l'hôpital, les chemins de fer, la Recherche... et tenir compte de l'environnement

L'OCDE note que la France a de bonnes infrastructures, mais certaines "manquent de maintenance", une manière policée de dire qu'elles tendent vers la vétusté. L'Organisation évoque notamment l'hôpital ou le ferroviaire, sur lesquels il faut investir pour améliorer leur efficacité. Elle invite l'État à investir davantage dans la Recherche et dans les infrastructures numériques, la France étant en retard dans le déploiement du haut débit.

Enfin, une partie des recommandations sont consacrées au volet "durable" de la croissance évoqué plus haut. L'OCDE estime que les décisions d'investissement dans les transports et l'énergie doivent tenir compte des enjeux environnementaux.

"La planification des infrastructures doit mieux refléter les coûts pour l’environnement et pour la santé, et être conforme aux engagements du gouvernement de réduction des émissions de gaz à effet de serre."
Jean-Christophe Catalon