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Le lait breton bientôt autorisé dans la fabrication du camembert de Normandie?

A partir de 2021, tout AOP "de Normandie" pourra être au lait pasteurisé, mais il devra être fait avec au moins 30% de lait de vaches de Normandie nourries à l'herbe.

A partir de 2021, tout AOP "de Normandie" pourra être au lait pasteurisé, mais il devra être fait avec au moins 30% de lait de vaches de Normandie nourries à l'herbe. - PDPhotos-CC

Des maires de communes bretonnes limitrophes à la Normandie ont demandé à intégrer l'aire géographique de l'AOP qui doit être révisée prochainement.

La rivalité entre la Normandie et la Bretagne en passe de resurgir? Si le Mont-Saint-Michel n’est (pour une fois) pas concerné, c’est un autre symbole du patrimoine national qui pourrait raviver les tensions entre les deux régions: le camembert.

L’offensive est venue tout droit d’Armorique. Alors que la révision du cahier des charges de l’AOP Camembert de Normandie prévue pour 2021 hérissent déjà certains éleveurs normands, voilà que leurs voisins qui élèvent également des vaches de race normande entendent profiter de cette refonte pour profiter de la prestigieuse appellation.

L'aire géographique élargie

Actuellement, l’AOP Camembert de Normandie regroupe 1181 communes de la région. Mais l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) a ouvert une consultation publique qui s’est achevée le 9 septembre pour revoir l’aire géographique de l’appellation. Si l’INAO ne proposait que des villes normandes dans la présentation de cette enquête, elle précisait que "toute personne physique ou morale ayant un intérêt légitime dans le dossier pourra formuler des réclamations".

Une opportunité que certains villages bretons n’ont pas hésité à saisir. Encouragés dans une lettre par Thierry Benoît, député (UDI) et président du pays de Fougères (Bretagne), plusieurs maires de communes limitrophes au département de la Manche (Normandie) ont déposé leur candidature pour intégrer l’aire géographique de l’AOP.

"Pas question d'engager la guerre du camembert"

Pour justifier ces demandes, Thierry Benoît explique que "les indications géographies s’affranchissent des frontières purement administratives". Selon lui, il n’est pas "illogique" de voir les éleveurs des communes bretonnes voisines de la Normandie réclamer l'intégration à l'aire géographique de l’AOP dès lors qu’elles remplissent les critères d’éligibilité. D’autant que les deux territoires sont similaires, poursuit l’élu : "On a le même bocage que dans le sud-Manche. […] La même pluviométrie…".

Thierry Benoît prend l’exemple du Granit de Bretagne, une appellation qui profite également à certaines communes du sud-Manche. "Il n’y a pas de querelle. Il n’est pas question d’engager la guerre du camembert", assure le président du Pays de Fougères. De son côté, Patrick Mercier, président de l’Organisme de défense et de gestion (ODG) Camembert de Normandie, ne ferme pas la porte aux demandes bretonnes: "dans la mesure où elles répondent aux exigences de qualité, les candidatures bretonnes doivent évidemment être examinées", estime-t-il dans Le Parisien.

L’INAO et l’ODG seront chargés d'évaluer et d’approuver ou non ces demandes. Si les éleveurs bretons obtenaient leur feu vert, leur lait pourra entrer dans la fabrication du camembert de Normandie. Ce qui pourrait encourager les éleveurs de Mayenne et de la Sarthe, autres départements limitrophes à la Normandie, à tenter leur chance.

Révision des critères

Outre l’aire géographique, la révision des critères relatifs à l’AOP Camembert de Normandie ne fait pas l’unanimité auprès des éleveurs régions. Jusqu’à présent, deux camemberts coexistaient en Normandie, rappelle France 3 Bretagne: le camembert "fabriqué en Normandie" (60.000 tonnes par an) et le camembert AOP de Normandie (6000 tonnes par an). Quand le premier, industriel et souvent à base de lait pasteurisé, ne répond à aucune contrainte de production, le second, à base de lait cru issu essentiellement de vaches de race normande, est soumis à un cahier des charges que les producteurs doivent suivre à la lettre.

Reste que les deux appellations peuvent porter à confusion. D’où la volonté de l’INAO de revoir l’AOP. À partir de 2021, les deux camemberts seront réunis sous une appellation unique "AOP Camembert de Normandie". Toutefois, deux niveaux de produits existeront : un camembert "cœur de gamme" qui prévoit au moins 30% de vaches de race normande dans les troupeaux mais qui autorise le lait pasteurisé. Et un camembert "haut de gamme" (lait cru, au moins 65% de vaches normandes). Un changement de règles qui signe "la mort du camembert AOP" pour certains éleveurs.

Paul Louis