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Le chantier à problèmes de la très chère route du littoral à La Réunion

La route inclut un viaduc en mer long de 5400 mètres, le plus long de France, qui longe le littoral, reliant Saint-Denis (chef-lieu de La Réunion) à La Grande Chaloupe.

La route inclut un viaduc en mer long de 5400 mètres, le plus long de France, qui longe le littoral, reliant Saint-Denis (chef-lieu de La Réunion) à La Grande Chaloupe. - Richard Bouhet-AFP

Le tribunal administratif a annulé l'arrêté préfectoral autorisant à exploiter la carrière dont les roches massives devaient servir au chantier titanesque de la nouvelle route du littoral à La Réunion. Un revers de taille pour ce projet de 2 milliards d'euros pour 12,5 km de route sur la mer, soit 160 millions d'euros du kilomètre...

Lancé en 2014, le chantier du futur axe routier réunionnais hors-norme risque d'être à l'arrêt. Cette route littorale à 2x3 voies de 12,5 km sur l'eau, censée dynamiser le poumon économique de l’Île de La Réunion, essuie un sérieux revers d'ordre juridique, alors qu'elle devait être achevée en 2020. 

Tandis que l'attribution fin 2013 de marchés liés à sa construction fait l'objet d'une enquête du parquet national financier depuis 2014, pour "corruption, favoritisme et trafic d'influence", le tribunal administratif vient de mettre un coup d'arrêt à l'exploitation d'une carrière essentielle au chantier, en suspendant des arrêtés préfectoraux autorisant à exploiter ce site.

Cette carrière devait alimenter en roches massives le chantier "titanesque" de la partie digue de la route nouvelle du littoral de l'île. L'autorité administrative a aussi suspendu l'autorisation préfectorale de défrichement, prélude à l'exploitation de cette carrière située sur la commune de Saint-Leu.

Une des routes les plus chères au monde, au kilomètre?

Ce revers juridique pour le maître d'ouvrage (le conseil régional de l'île) devrait retarder de plusieurs mois le chantier de cette route en mer devant relier le nord à l'ouest, évaluée à ce jour à 2 milliards d'euros alors que son budget initial était fixé à 1,6 milliard.

Avec un un coût de revient de 160 millions d'euros du km (contre 5 à 6 millions d'euros au km pour une autoroute en France et jusqu'à 14 millions du km en site très difficile), la future autoroute littorale de 12,5 km fait dire à certains qu'il s'agira d'une des routes les chères du monde, une fois achevée.

Le viaduc long de 5400 mètres est achevé

Cette route sur la mer, portée par un viaduc et une digue, remplacera l’actuelle route de corniche entre Saint-Denis et la Possession, exposée aux risques d’éboulements et de submersion par la houle ou lors de cyclones tropicaux.

Mais, alors que le viaduc long de 5400 mètres qui longe le littoral, entre Saint-Denis (chef-lieu de La Réunion) à La Grande Chaloupe, vient d'être achevé, c'est la partie digue, longue de 2,7 km, qui pose problème. À elle seule, la carrière située sur la commune de Saint-Leu, remise en cause par la récente décision de justice, devait couvrir 85 % des besoins restants en approvisionnements de matériaux pour l'achèvement de ce chantier.

Pourtant, le problème environnemental posé par cette carrière inquiétait de longue date les habitants de Saint-Leu où était prévue l'exploitation de roches massives. La députée Huguette Bello (GDR) intervenant à l'Assemblée nationale, le 30 janvier 2019, avait déjà alerté (cf Tweet ci-dessus) sur la "lourde menace" que faisait peser le chantier sur la biodiversité.

Avec la décision du tribunal administratif, la Société réunionnaise pour l'étude et la protection de l'environnement - Réunion nature environnement (Srepen) et la mairie de Saint-Leu, à l'origine des requêtes en suspension des arrêtés préfectoraux, ont donc obtenu gain de cause. Leurs requêtes se basaient sur "les nuisances importantes pour la population, les atteintes graves à l'environnement et à la biodiversité" qu'engendreraient la carrière.

Le conseil régional et la préfecture ont tardé à lancer les procédures

Le tribunal administratif a retenu ces arguments. "L'exécution de la décision préfectorale serait de nature à porter une atteinte grave et immédiate aux intérêts qu'entendent défendre la Srepen et la commune de Saint-Leu", écrit la juridiction administrative dans les motifs de sa décision.

Résultat: aucune roche massive nécessaire à ce chantier n'est pour le moment disponible pour achever la partie digue manquante de la route qui doit couvrir 2,7 km. Le conseil régional avait attribué en 2013 le marché de la construction au groupe Vinci Bouygues. Cela alors que "le maitre d'ouvrage (le conseil régional - ndlr) et l'autorité préfectorale (...) ont négligé de lancer en temps utile les procédures" remarque le tribunal administratif.

Le conseil régional a annoncé lundi soir qu'il s'associerait "à l'État dans l'hypothèse d'un pourvoi en cassation au Conseil d'État." En attendant, la nouvelle route littorale complète devait être livrée en 2022, voire 2023. Cette livraison est désormais envisagée vers 2025...

Frédéric Bergé