BFM Business

La "monnaie hélicoptère", un futur remède aux crises économiques?

Face aux limites des rachats massifs de dette, le Conseil d'analyse économique recommande à la BCE de distribuer directement de l'argent aux Européens lors des prochaines crises afin de relancer la demande et stimuler raisonnablement l'inflation.

La distribution directe d'argent aux ménages, ou "monnaie hélicoptère", par la Banque centrale européenne (BCE) permettrait de relancer la demande sans creuser les déficits publics en cas de future crise, défend ce mercredi dans une note le Conseil d'analyse économique (CAE).

Partant du constat que la BCE n'a jamais réussi à atteindre sa cible d'une inflation autour de 2% depuis 2015, les économistes de cet organisme dépendant de Matignon se sont demandé quels outils étaient encore à sa disposition, après les rachats massifs de dette publique et privée, qui ont tout de même permis d'éviter une déflation.

770 euros par personne

Les auteurs ont aussi tenu compte des effets indésirables de la politique monétaire expansionniste de la BCE, notamment du gonflement du prix des actifs, détenus en grande majorité par les plus riches, creusant ainsi les inégalités. La monnaie hélicoptère "serait l'équivalent de ce qu'ont fait les Etats-Unis, du chèque envoyé par l'administration Biden" à la population américaine mais le dispositif serait mis en oeuvre par la banque centrale, et non par le gouvernement, a détaillé lors d'une présentation à la presse l'économiste Eric Monnet, co-auteur de la note.

Chaque individu percevrait la même somme, et les enfants de moins 15 ans deux fois moins qu'un adulte. Les paiements prendraient la forme de chèques, de cartes prépayées ou de porte-monnaie virtuels avec code d'accès, tous limités dans le temps pour qu'ils soient dépensés et non épargnés.

Selon les calculs des économistes, la mesure rehausserait de 0,5 point de pourcentage le taux d'inflation pour une distribution d'argent équivalente à 1% du PIB de la zone euro, soit 120 milliards d'euros ou 385 euros par individu. Pour faire remonter le taux d'inflation de 1% à 2%, il faudrait donc distribuer deux fois plus, soit 240 milliards ou 770 euros par personne.

"Instrument de résilience"

Ce "n'est pas un instrument de sortie de crise" pour les mois qui viennent, mais un "instrument de résilience" à utiliser "en cas de déficit de demande persistant", le temps que l'inflation atteigne sa cible, a indiqué Philippe Martin, président délégué du CAE et co-auteur de la note.

"Notre proposition est compatible avec les statuts actuels" de la BCE et ne nécessiterait pas de révision des traités européens, a précisé Xavier Ragot, troisième co-auteur et président de l'OFCE, qui ne croit pas à un retour de l'inflation dans l'après-crise, même si "il y aura des mouvements très forts de prix relatifs" comme sur les matières premières actuellement.

P.L. avec AFP