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L'épargne des Français atteint des niveaux record

Depuis le début de l'année, les Français ont mis de côté 15 milliards d'euros.

Depuis le début de l'année, les Français ont mis de côté 15 milliards d'euros. - Stux- Pixabay- CC

Livret A, assurance vie ou encore comptes à vue, les Français ont massivement gonflé leurs coffres d'épargne depuis le début d'année. Malgré les coups de pouce du gouvernement, les ménages continuent de se montrer inquiets pour leur niveau de vie dans les années à venir.

Le bas de laine des Français ne cesse de se remplir. En juin, ce sont encore 2,4 milliards d'euros qui sont venus s'ajouter sur les divers produits d'assurance vie souscrits par les ménages. Au total, depuis le début d'année ce sont 15 milliards d'euros de plus qui sont venus garnir le placement chouchou des épargnants. 25% de plus que sur les six premiers mois de 2018.

Le Livret A et son petit frère, le Livret de développement durable et solidaire, ne sont pas en reste. Ces produits d'épargne appréciés pour leur fiscalité nulle et la liberté d'emploi qu'ils offrent, ont amassé sur les six premiers mois de l'année plus de 14 milliards d'euros (contre 10,8 milliards un an plus tôt). Les Français ne semblent pas vraiment rebutés par la très faible rémunération offerte. A 0,75%, elle ne met même pas leur épargne à l'abri de l'inflation. 

Il faut dire que même les comptes bancaires classiques qu'on appelle les comptes à vue dans le jargon, sont eux aussi plus garnis que jamais. LA hausse atteint 10,4%. Au total, cet argent qui dort sans ne rien rapporter représentait fin juin 1.086 milliards d'euros, selon les derniers chiffres de la Banque de France. Soit une moyenne supérieure à 37.500 euros par ménage.

Un effort d'épargne comparable à celui d'avant crise

"La collecte globale atteint une sorte de record depuis la crise financière. On n'a jamais eu autant d'effort net d'épargne de la part des ménages, tous produits confondus depuis 2007", souligne Alain Tourdjman, directeur d'études économiques au sein du groupe bancaire BPCE. L'explication q'uil livre est assez simple: "On continue à avoir des incertitudes majeures sur le long terme en France, un peu moins sur le chômage, mais toujours autant, voire plus, sur les retraites, le niveau de vie à long terme, la façon dont pourront vivre les enfants ou les petits-enfants. C'est ça le support fondamental des comportements d'épargne en France".

Paradoxe, depuis le début d'année, les Français ont notamment bénéficié de divers coups de pouce gouvernementaux annoncés au mois de décembre dernier par le président de la République Emmanuel Macron en réponse au mouvement des "gilets jaunes". Parmi ces mesures, l'élargissement et la revalorisation de la prime d'activité ou encore la baisse de la CSG sur les retraites modestes. Sous la pression du gouvernement, les banques françaises se sont par ailleurs engagées à geler leurs hausses de tarifs en 2019, et à plafonner les frais d'incidents pour les clients les plus fragiles.

Sceptiques sur l'amélioration de leur pouvoir d'achat

"On est entré dans une année où le pouvoir d'achat des ménages va flirter avec une croissance de 2,5% l'an", du jamais vu depuis 2006, affirme Alain Tourdjman. Pour autant, "les ménages n'anticipent pas et, d'une certaine manière, ne veulent pas accepter l'idée qu'ils vont véritablement bénéficier de ces gains de pouvoir d'achat. Ils sont encore très sceptiques sur le fait que ces mesures vont véritablement améliorer leur pouvoir d'achat", poursuit-il.

Conséquence, "il y a un mouvement général en faveur de l'épargne financière, dont l'assurance vie et le Livret A sont les symboles", abonde Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne.

Le reflet d'une population vieillissante

Selon lui, "les Français restent confrontés à un climat anxiogène". Or "dès qu'il y a des inquiétudes, principe de précaution, on met de l'argent de côté et dès qu'il y a un revenu un peu exceptionnel, les ménages ne le consomment pas intégralement", ajoute-t-il.

Cet état d'esprit colore aussi les arbitrages des ménages vis-à-vis de leur épargne, comme en témoigne le ralentissement ces derniers mois des placements d'assurances vie en "unité de compte", potentiellement plus rémunérateurs car investis sur des titres plus risqués, au profit des placements dits en "euros", moins rémunérateurs mais aussi moins soumis au risque de perte.

C.C. avec AFP