BFM Business

De possibles tensions sur l'approvisionnement électrique en France en 2022-2023 alerte RTE

RTE préconise de ne pas fermer la centrale à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) tant que l'EPR de Flamanville ne sera pas en service

RTE préconise de ne pas fermer la centrale à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) tant que l'EPR de Flamanville ne sera pas en service - Loic Venance - AFP

La sécurité d'approvisionnement électrique de la France doit faire l'objet d'une "vigilance" en 2022-2023, a prévenu RTE. Il préconise un sursis pour la centrale à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) tant que l'EPR ne sera pas en service.

Cette hiver, aucune pénurie d'électricité n'est à craindre d'autant que les mois de janvier et février 2020 s'annoncent plus favorables du point de vue de l'approvisionnement que cette année, a précisé mercredi RTE dans ses prévisions dévoilé ce mercredi. Le gestionnaire du réseau à haute tension est moins optimiste pour la période 2022/2023.

Selon ses prévisions, la sécurité d'approvisionnement électrique de la France doit faire l'objet d'une "vigilance" pour cette période. En cause, l'arrêt programmé des centrales à charbon d'autant que le parc nucléaire devrait aussi être moins disponible à cette période en raison de nombreuses visites de maintenance et de sûreté.

L'effet domino causé par les retards de l'EPR

La centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) doit fermer en 2020 tandis que le gouvernement a annoncé l'arrêt d'ici à 2022 des quatre dernières centrales à charbon pour des raisons environnementales. Cette promesse du président Emmanuel Macron a été reprise dans la récente loi énergie-climat. D'ici à 2022, ces pertes doivent être compensées par le développement de nouveaux moyens de production, avec une future centrale à gaz à Landivisiau en Bretagne, l'essor des énergies renouvelables et de nouvelles interconnexions avec les pays voisins.

"Si le développement des énergies renouvelables se poursuit durant cette période, en l'absence de mise en service de l'EPR de Flamanville, il ne suffit pas à compenser les fermetures réalisées", met en garde RTE. L'EPR en construction dans la Manche est en effet en retard à la suite de divers problèmes, dernièrement des difficultés avec des soudures qui doivent être reprises, et EDF ne pourra pas le démarrer avant fin 2022.

Pour faire face à cette difficulté, le gestionnaire du réseau prône la maîtrise de la consommation et "l'optimisation" des arrêts de réacteurs nucléaires pour maintenance. Il demande également "le maintien en disponibilité ou la conversion à la biomasse" (bois, végétaux, déchets agricoles) de la moitié de la centrale à charbon EDF de Cordemais (Loire-Atlantique) tant que l'EPR n'est pas mis en service.

L'ouest de la France est un un "cul-de-sac" électrique

"Il y a bien une situation spécifique sur l'ouest", a souligné Thomas Veyrenc, directeur de la stratégie et prospective de RTE, lors d'une conférence de presse. L'ouest de la France - plus spécifiquement la Bretagne - est en effet une région particulièrement fragile car elle représente géographiquement un "cul-de-sac" électrique et ne dispose d'aucune centrale nucléaire.

Le maintien au moins partiel de Cordemais au-delà du 1er janvier 2022, s'il apparaît en contradiction avec la volonté de l'exécutif, est compatible avec la loi, souligne RTE. Celle-ci prévoit en effet un plafond annuel d'émissions, ce qui permet à une centrale de fonctionner quelques centaines d'heures par an.

A l'horizon 2023-2025, la sécurité d'approvisionnement devrait ensuite "s'améliorer" avec la montée en puissance des renouvelables - notamment les parcs éoliens en mer - et la mise en service attendue de Flamanville, selon RTE. "Il est à peu près certain que la situation s'améliorera même si l'EPR de Flamanville est repoussé de manière plus lointaine", assure d'ailleurs Thomas Veyrenc.

P.S. avec AFP