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Moody's : qui sont les victimes de la dégradation de la France ?

Si les taux de financement de la France devaient augmenter, un impact sur les entreprises publiques, les collectivités locales et les crédits pour les ménages serait à craindre

Si les taux de financement de la France devaient augmenter, un impact sur les entreprises publiques, les collectivités locales et les crédits pour les ménages serait à craindre - -

L’agence de notation américaine a annoncé, lundi 19 novembre, qu’elle rétrogradait la note de la France. Une décision qui risque de provoquer des réactions en chaîne.

Deux des trois grandes agences ne considèrent plus la dette de la France comme l’un des investissements les plus sûrs qui soient. Après Standard & Poor’s en janvier dernier, c’est au tour de Moody’s de retirer à la France sa notation maximale. Elle perd le AAA qu’elle détenait depuis sa première évaluation par l’agence en 1979 pour être désormais notée un cran en-dessous, à AA1.

Cette décision pourrait faire des victimes collatérales. Collectivités locales, entreprises publiques, banques françaises, fonds de secours européens : tous bénéficient, en effet, de la garantie implicite ou explicite de Paris. Avoir pour garant un pays très bien noté permet en théorie de bénéficier de coûts de financement avantageux. Toujours sur le papier donc, la dégradation du garant pourrait avoir des effets négatifs sur ces structures. Mais en pratique, c’est plus compliqué.

Difficile d'évaluer les surcoûts pour les entreprises publiques

Si la France devait voir ses taux de financement augmenter, l’impact sur les coûts d’emprunts des établissements et entreprises publiques, comme la Caisse des dépôts et des consignations, Réseau ferré de France, l'Assistance-publique-Hôpitaux de Paris, serait automatique.

Mais pour le moment, les taux auxquels emprunte le Trésor "n’ont pas bougé", explique Benoît Heitz, économiste à la Société générale, pour qui "le fait que la dette de la France n’était pas aussi sûre que celle de l’Allemagne était déjà intégré par tout le monde".

Dans ces conditions, tenter d’évaluer le surcoût des émissions d’obligations de ces acteurs reviendrait à "jouer aux devinettes", ironise-t-il. "Les taux d’intérêt français peuvent très bien rester stables", souligne Benoît Heitz, tandis que la SNCF, La Poste, France télécom ou encore Aéroports de Paris "verraient leurs taux fluctuer plus ou moins fortement". La corrélation est d’autant plus incertaine que nous sommes en "période de crise", donc d’incertitudes, rappelle l’économiste.

Pour les collectivités locales, le principe est le même. Mais de toute façon, ces dernières font déjà face à de "gros problèmes pour se financer depuis le démantèlement de Dexia", note Benoît Heitz.

Les ménages pourraient être touchés

Au niveau européen, la France apporte sa garantie aux mécanismes de soutien des pays en difficulté comme le FESF ou le MES. Ces dispositifs pourraient donc pâtir de sa dégradation. Mais l’Europe a été prévoyante. Elle les a construits de façon à ce qu’ils gardent la meilleure note possible même quand leurs contributeurs étaient mal classés. Le Fonds de secours européen est ainsi "sur-garanti". En d’autres termes, la somme pour laquelle les Etats membres se portent caution sera toujours supérieure à celle prêtée. La baisse de la note de la France ne devrait donc pas suffire à ébranler la confiance des investisseurs.

Autres acteurs potentiellement dépendants de la notation française : les banques qui détiennent énormément de dette souveraine. Elles pourraient voir la défiance grandir à leur égard. Mais selon l’économiste de la Société générale, leurs notes ont déjà été dégradées auparavant. Elles ne devraient donc à priori pas être à nouveau révisées.

Enfin les ménages pourraient être touchés, toujours dans le cas où l'Etat verserait des taux d'intérêt plus élevés pour se financer : l’accès au crédit, immobilier ou à la consommation, serait plus coûteux. Car les taux de la dette souveraine servent d’étalon pour tous les autres types d’emprunt.

Nina Godart