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Les 3 risques du gonflement de la dette

La dette à 99,6% du PIB

La dette à 99,6% du PIB - JOEL SAGET / AFP

Qu’il nous soit pourtant permis malgré l’insouciance que suscite le niveau de taux d’intérêt de continuer à tirer la sonnette d’alarme sur la poursuite du gonflement de la dette.

Les économistes et les observateurs qui s’inquiètent de la poursuite de l’augmentation de l’endettement public se voient répondre qu’au niveau actuel des taux d’intérêt, on aurait tort de s’en priver… ! Et quand ils mettent en avant que ce niveau de taux d’intérêt ne saurait être durable, on leur rétorque que ce genre de discours qui est sans cesse renouvelé est, en pratique, systématiquement démenti par les faits.

Ainsi, en France, le taux moyen à l’émission des emprunts de l’Etat a été en 2018 de 0,53%. Sur les 6 premiers mois de 2019, il a encore baissé pour descendre à 0,3%, tandis que sur le marché, certains jours, les obligations françaises s’échangent sur la base d’un taux à 10 ans négatif.

Qu’il nous soit pourtant permis malgré l’insouciance que suscite ce niveau de taux d’intérêt de continuer à tirer la sonnette d’alarme sur la poursuite du gonflement de la dette.

Et ce pour trois raisons :

-d’abord parce que la règle d’équilibre de l’économie -règle sur laquelle Th. Piketty a d’ailleurs appuyé son raisonnement sur la rémunération du capital dans son best –seller « le capital au XXIe siècle » - est que sur longue période, le taux d’intérêt est égal au taux de croissance potentielle. La politique monétaire peut à court terme réussir à contourner cette loi en laissant filer l’inflation, comme ce fut le cas dans les années 1950/1960, ou en maintenant des taux de refinancement nuls voire négatifs, mais l’expérience historique montre que cette volonté de tordre le bras à la réalité n’a de résultats effectifs que pour un temps limité.

En France, on peut considérer que la croissance potentielle en valeur, c’est-à-dire incorporant l’inflation, est de l’ordre de 2,5%. C’est ce chiffre qui correspond au niveau naturel du taux d’intérêt. Cela signifie que les quelque 200 milliards que l’Etat aura emprunté cette année ont un coût artificiellement minoré de 4,5Mds € ;

-ensuite, parce que les acteurs économiques commencent à s’inquiéter de cet endettement et adoptent des comportements d’épargne décrits en particulier par la notion d’équivalence ricardienne. Selon celle-ci, une augmentation du déficit budgétaire conduit certes à un accroissement de la demande publique, mais aussi simultanément à une contraction de la demande privée liée aux angoisses sur le futur qu’elle crée et à l’augmentation du taux d’épargne qui suit. Aux Etats-Unis, depuis l’élection de Donald Trump, le déficit budgétaire est passé de 650 Mds $ à 1000 Mds $. Le déficit extérieur, qui mesure la situation d’épargne globale du pays, est resté inchangé. C’est-à-dire que tout ce que l’Etat a rétrocédé aux ménages et aux entreprises a été épargné ;

-enfin parce que la dépense publique soutient la composante conjoncturelle de la croissance mais en améliore rarement la composante structurelle. C’est ce qu’affirmait notamment Jean-Baptiste Say dans le chapitre XXX de son catéchisme d’économie. Il y écrivait :

« Les particuliers qui ont prêté un capital avaient l’intention de le placer, et non de le consommer. S’ils ne l’eussent pas prêté au gouvernement, ils l’auraient prêté à des gens qui l’auraient fait valoir ; ou bien ils l’auraient fait valoir eux-mêmes ; dès lors ce capital aurait été consommé reproductivement au lieu de l’être improductivement. Si cette portion du capital national servait précédemment des usages reproductifs, le capital national est diminué de tout le montant du prêt ; si elle était le fruit d’une nouvelle épargne, le capital national n’a pas été accru par cette épargne ».

Jean-Marc DANIEL