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Le rapport de la Cour des comptes fait réagir les politiques

La Cour des comptes, rue Cambon à Paris.

La Cour des comptes, rue Cambon à Paris. - -

La publication du rapport annuel des sages de la rue Cambon fait réagir le microcosme politique. De la gauche à la droite en passant par le centre, chacun trouve dans ces 1.500 pages de quoi servir son propos.

La Cour des comptes a publié son rapport annuel, ce mardi 11 février. Dans un pavé de 1.500 pages, elle dénonce notamment la gratuité des trains pour les salariés de la SNCF et leurs proches, les fraude à l'allocation chômage, la baisse des recettes fiscales, et autres incohérences qui pèsent sur les finances publiques de la France.

Comme de coutume, des personnalités politiques se saisissent des recommandations des sages de la rue Cambon afin de défendre ou de critiquer la politique du gouvernement.

En premier lieu, c'est l'estimation de la Cour d'un déficit à 4,1% du PIB français en 2014, au lieu des 3% exigés par Bruxelles, qui fait particulièrement réagir l'opposition.

L'ex-Premier ministre et actuel maire de Bordeau, Alain Juppé, s'est ainsi inquiété sur BFM TV de la "situation d'impasse économique", dans laquelle se trouve la France. "Il faut retrouver la crédibilité, souligne-t-il, le pacte de responsabilité, remettre les entreprises au cœur de la stratégie économique, n'est pas une mauvaise idée en soi, encore faut-il que ce soit crédible, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", s'est désolé l'ancien chef du gouvernement Chirac.

Pour Christian Eckert, le rapporteur socialiste du Budget à l'Assemblée, les sages se montrent trop alarmistes. Il admet que "nous serons probablement au-dessus de 4,1% (de déficit), mais sur les comptes sociaux, nous aurons de meilleurs résultats que prévu: la dépense sociale devrait être réduite d'un milliard". Il brandit en outre le bilan de l'action du gouvernement: "le déficit public a été réduit, mais quand vous faites demi-tour avec un paquebot, il y a une certaine inertie".

Le député centriste, Yves Jego, invité sur BFM Business ce mardi, s'est pour sa part interrogé. "En mai 2012, le président promettait devant la Cour des comptes de maintenir son objectif de déficit à 3% d'ici fin 2013. Le gouvernement n'a pas été capable de trouver 20 milliards d'économies pour arriver aux 3%. Comment trouvera-t-il 50 milliards d'économie? (…) l'actuel président dit beaucoup, mais il fait peu."

Un autre centriste, Hervé Morin, s'indignait pour sa part sur Twitter. "Rapport de la cour des comptes - Politique économique, déficit : quand on oublie le fond on y reste !", a-t-il ironisé sur le réseau social. Une réflexion à laquelle quelques twittos répliquaient acerbe "parole d'expert".

Dans un précédent mini-message, le président du nouveau centre estimait que ce rapport constituait "le plus grand réquisitoire contre la politique économique de Hollande".

Rapport de la Cour des comptes : le plus grand réquisitoire contre la politique économique de Hollande
— Hervé Morin (@Herve_Morin) 11 Février 2014

L'ex-ministre du Budget, Eric Woerth, a de son côté appelé à prendre des mesures de toute urgence car, "si les déficits dérapent, les dépenses aussi", a-t-il noté. "Il faut donc geler immédiatement les recrutements de fonctionnaires prévus en 2014: ils sont infinançables".

Le ministre délégué à l'Economie sociale, lui, a rappelé que l'"on n'a pas élu les gens de la Cour des comptes pour faire de la politique à la place des gens qui sont élus pour le faire, sinon on met un comptable à Matignon". La politique, s'est irrité Benoît Hamon, c'est "se préoccuper du redressement du pays, de l'emploi". Il a par ailleurs appelé à juger l'action du gouvernement "sur pièces", s'offusquant que "des gens soient capable de dire, avant même de savoir ce qu'on va faire, qu'on ne va pas atteindre nos objectifs".

Le président du groupe UMP à l'Assemblée, Christian Jacob, a pour sa part tiqué sur la baisse des recettes fiscales, estimée par la Cour des comptes à 6 milliards d'euros de manque à gagner. Le député UMP s'en est pris à Bernard Cazeneuve, le ministre du Budget dont "l'arrogance n'a d'égal que l'incompétence", a-t-il estimé. "De semaine en semaine, il invente, il dit n'importe quoi" pour expliquer "la chute sans précédent des recettes fiscales", a jugé M. Jacob.

N.G.