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Didier Migaud : « notre rôle est de montrer la fragilité budgétaire de la France »

Le Premier Président de la Cour des comptes a mis en garde, au micro de Mathieu Jolivet, le gouvernement contre « la tentation de reporter les efforts à plus tard » alors que la situation budgétaire risque de se dégrader dans les années à venir.

C’est un rappel à l’ordre pour le gouvernement. La Cour des comptes a publié son rapport annuel sur l’état des finances publiques. En clair, l’exécutif doit corriger sa copie pour éviter les dérapages.

Mais d’abord les bons points : « Il y a des résultats positifs sur l’année 2018 à savoir une réduction du déficit par rapport à l’année précédente » mais aussi « une plus grande maitrise de la dépense publique » et « un endettement qui se stabilise voire même est en légère baisse pour l’année 2018 » explique le Premier Président de la Cour des comptes Didier Migaud au micro de BFM Business.

« Mais la situation peut ne pas être la même en 2019 et nous avons quelques interrogations sur 2020 2022 » souligne-t-il en maniant l’euphémisme. « D’où l’avertissement que nous donnons : un message de prudence, de vigilance car notre situation se dégrade par rapport à celle des pays voisins. Cet écart va grandissant. »

« Le gouvernement a commencé à corriger sa copie »

Et la France doit particulièrement surveiller son endettement mais si la politique européenne lui est favorable. « Il y a l’effet anesthésiant des taux d’intérêt très bas puisque la dette augmente très sensiblement et la charge de la dette parallèlement » souligne Didier Migaud. « On arrive donc à oublier qu’on s’endette beaucoup plus. Les taux d’intérêt peuvent rester bas pour 2019 donc peut-être que cela permettra quelques marges de manœuvre mais ces taux peuvent remonter et une nouvelle crise peut survenir, d’où la nécessité de rester prudent. »

Désormais, la balle est dans le camp de l’exécutif. « Le gouvernement a commencé à corriger sa copie par rapport à la dernière loi de programmation » poursuit Didier Migaud. « Vraisemblablement, il faudrait que le gouvernement propose une nouvelle loi de programmation à l’automne pour tenir compte des conséquences des mesures annoncées par le président de la République à l’issue du grand débat national. »

Garde à la tentation

Et de critiquer : « Les objectifs de redressement des comptes publics sont moins ambitieux. Le gouvernement devra préciser davantage notamment sur les lois de finance à venir (…) Il y a une volonté de baisser les prélèvements obligatoires. Il y a une volonté de répondre à un certain nombre d’aspirations, de mieux maitriser la dépense. Mais cette dernière ne compense pas les réductions d’impôts. »

Le risque est surtout de laisser trainer les dérapages pour le prochain quinquennat. « Il y a toujours la tentation de reporter les efforts à plus tard » reconnait Didier Migaud. « C’est une façon de faire assez fréquente dans notre pays. Nous pouvons prendre en compte la situation dans notre pays mais notre rôle est de montrer la fragilité budgétaire de la France. »