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Déficit: l'avertissement implicite de Bruxelles à Macron

Emmanuel Macron est attendu au tournant par la Commission européenne

Emmanuel Macron est attendu au tournant par la Commission européenne - Lionel Bonaventure - AFO

La Commission européenne a publié ce jeudi 11 mai ses prévisions économiques de printemps dans lesquelles elle estime que la France risque de voir son déficit public repasser la barre des 3% l'an prochain si Emmanuel Macron ne rectifie pas le tir.

La Commission européenne ne fera vraisemblablement pas de cadeau à Emmanuel Macron. Son président Jean-Claude Juncker avait ainsi mis en garde le futur locataire de l'Élysée en déclarant dès le lendemain de sa victoire électorale que "les Français dépensent trop". Mardi, le commissaire européen en charge des Affaires économiques Pierre Moscovici, appelait le successeur de François Hollande à "être sérieux sur les finances publiques et tenir les engagements de la France".

Et ce jeudi, les nouvelles prévisions économiques de la Commission européenne sonnent comme un nouvel avertissement à l'égard du plus jeune chef de l'État de la Ve République. Ainsi, Bruxelles revoit à la hausse le déficit pour 2017, à 3% (contre 2,9% auparavant), soit tout juste la limite autorisée par les traités européens. Une prévision moins optimiste que celle du gouvernement (2,8%) mais raccord avec celle du programme d'Emmanuel Macron (3%).

"Pas un message de pression"

Mais c'est pour la suite que les choses se corsent. La Commission européenne estime ainsi que le déficit devrait s'alourdir l'an prochain, à 3,2% (en février elle était encore sur un chiffre de 3,1%), là où le futur locataire de l'Élysée anticipe 2,8%. Autrement dit, Emmanuel Macron devra, à en croire les prévisions bruxelloises, rectifier le tir dans la loi de Finances pour 2018 s'il compte tenir ses engagements.

En effet, dans son analyse détaillée, la Commission précise bien qu'elle prévient que les 3,2% seraient atteints à "politique inchangée". La balle est donc dans le camp de l'ex-leader d'En Marche!

Par ailleurs, la France serait alors le seul pays de la zone euro et le seul pays européen (en dehors de la Roumanie) à avoir un déficit supérieur à 3%.

Bruxelles met-elle dès lors le futur président devant ses responsabilités. "Mon message n'est pas un message de pression, en aucun cas un message de sanction, c'est un message de confiance et de bienvenue!", s'est défendu en conférence de presse Pierre Moscovici.

Pour le reste, la Commission européenne dresse un tableau de l'économie française qui n'a rien de sombre. Elle considère ainsi que la croissance va monter en puissance, grâce à une accélération des exportations et au dynamisme de l'investissement des entreprises. Elle voit ainsi la croissance à 1,4% en 2017 et 1,7% en 2018, soit peu ou prou les prévisions contenues dans le programme d'Emmanuel Macron (1,4% pour 2017 et 1,8% pour 2018). Logiquement, Bruxelles voit aussi le chômage se réduire, (9,9% DOM inclus en 2017 et 9,6% en 2018). La fameuse courbe que François Hollande n'a jamais réussi à inverser, s'infléchirait alors durant le mandat de son successeur...

Julien Marion