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Crédit d’impôt compétitivité emploi : la moitié des patrons s’en passera

Seuls 43% des patrons de PME envisageraient de recourir au crédit d'impôt compétitivité emploi

Seuls 43% des patrons de PME envisageraient de recourir au crédit d'impôt compétitivité emploi - -

Lancé en grande pompe en novembre 2012, le crédit d'impôt Compétitivité Emploi (CICE) devait être l'arme principale du gouvernement pour aider nos entreprises engluées dans la crise. Manquant notamment d’information, la moitié des patrons envisage de s’en passer.

Le crédit d’impôt compétitivité emploi va-t-il dans le mur ? Le dispositif lancé en novembre 2012 et entré en vigueur cette année vise à réduire le coût du travail sur les salaires allant jusqu'à 2,5 fois le Smic. Sauf que les patrons de PME ne semblent pas emballer par la mesure. Seuls 43% des patrons de PME envisageraient d'y recourir. Et pour le moment, la mesure attire peu puisque seulement 4 324 demandes ont été déposées alors que la France compte 2,5 millions de PME.

« C’est une mesure qui n’est pas claire »

Principaux freins à l’adoption de la mesure dans les PME : le manque d’information, 6 patrons sur 10 disent en manquer, et la complexité administrative. « C’est une mesure qu’on ne peut pas mettre en place parce que c’est une mesure qui n’est pas claire pour les chefs d’entreprise », explique Fatima Alves à la tête d'une entreprise de recyclage de matériel informatique. Autre argument mis en avant pour expliquer le refus de souscrire au CICE : la fiscalité. De nombreux patrons ont en effet peur que la fiscalité liée au CICE évolue dans les années à venir et que finalement cela leur coûte plus que ça ne leur rapporte. « On peut très bien dans les années à venir subir un contrôle fiscal parce que le CICE est mal ficelé », se justifie Philippe Beuscart, patron d'une fabrique de lunettes.

« Un flop abyssal »

Benoît de Saint-Sernin est directeur général de l'Ecole européenne d'intelligence économique, patron de 50 salariés. Il n'utilisera pas le CICE. « C’est un flop abyssal. Il y a trop de normes trop de conditions et que cela me prenne plus de trois semaines alors que je ne suis même pas sûr d’être reçu, c’est juste aberrant, nul. Il y a tellement de critères à respecter qu’il suffit que votre dossier soit analysé avec un biais pour vous entendre dire que votre dossier n’est pas retenu car vous ne respectez pas certaines normes. Dans ces cas-là, vous aurez perdu 3 semaines pour rien ».

« Un besoin d’accompagnement »

Pour Michel Zenèvre, président de la CGPME Lorraine, c’est effectivement le manque d’information couplé à un manque d’accompagnement qui freine les patrons de PME. « Les chefs d’entreprises se disent : "un crédit d’impôt ? Ça va être compliqué". Là, c’est assez simple mais on est encore dans une logique de guichet et on n’a pas expliqué à l’entreprise le type de documents à remplir, à qui il faut les adresser… "Ce n’est pas parce qu’on nous a envoyé un bout de papier", disent les chefs d’entreprise, "que je vais comprendre comment le mettre en place". Il y a un besoin d’accompagnement presque plus que d’un besoin d’information. Ce qu’il faut, c’est être face à un chef d’entreprise et lui demander : vous en êtes où, vous voulez faire quoi ? ».

Le titre de l'encadré ici

Le CICE bien accueilli par les grandes entreprises|||

Si la mesure n’attire pas les patrons de petites et moyennes entreprises, dans les grands groupes, le CICE, s’il n’est pas déjà adopté devrait l’être dans les mois et années à venir. En revanche, 79% des entreprises de 100 à 249 salariés comptent utiliser le CICE et 78% pour les entreprises de 250 et 499 salariés.

Tugdual de Dieuleveult avec C. Gauthier