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Buzyn: toutes les aides sociales "peuvent être discutées" 

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn. - Ludovic Marin / AFP

Sachant que les aides sociales représentent près de 50 milliards d'euros de dépense publique, la ministre de la Santé juge légitime "d'interroger leur efficacité, tout comme celle des aides versées aux entreprises".

Toutes les aides sociales "peuvent être discutées", estime la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, dans un entretien au Journal du Dimanche, tout en excluant de faire des économies "sur le dos des pauvres".

Au gouvernement, "il n'y a qu'une seule ligne: travailler à l'efficacité de nos politiques sociales et favoriser une société du travail", assure la ministre dans cet entretien, réfutant toute dissension entre des ministres qui voudraient faire des économies sur les aides sociales et ceux qui y seraient opposés. 

Soulignant que la France "a privilégié l'approche monétaire pour éviter" la "grande pauvreté", Agnès Buzyn estime que c'est "indispensable, mais insuffisant pour remettre en route cet ascenseur social qui ne fonctionne plus". 

"Les aides sociales en matière de lutte contre la pauvreté avoisinent les 50 milliards d'euros. Nous sommes en droit d'interroger leur efficacité, tout comme celle des aides versées aux entreprises", souligne la ministre, qui "s'inscrit" dans cette "priorité" du gouvernement qui est de se préoccuper de "la dépense publique et de son efficacité".

"Il n'y aura pas de coupes budgétaires sur les plus pauvres"

Prime d'activité, RSA, allocation spécifique de solidarité... "Toutes les allocations peuvent être discutées (...). On a le droit de réinterroger un dispositif s'il ne produit pas les résultats attendus", poursuit la ministre, qui affirme à nouveau que Bercy ne lui a "jamais" demandé de réaliser 7 milliards d'euros d'économies.

Agnès Buzyn a par ailleurs indiqué que la remise en cause de l'universalité des allocations familiales "n'est pas à l'ordre du jour". Déjà sous François Hollande, le montant de ces aides est modulé selon le revenu du bénéficiaires. Bruno Le Maire n'est pas fermé à un arrêt pur et simple des versements aux ménages les plus riches.

"Mais il n'y aura pas de coupes budgétaires sur les plus pauvres", promet-elle. "En aucun cas, nous ne remettons en cause" le bien-fondé des aides sociales, poursuit Agnès Buzyn, et "il n'est pas question de faire des économies sur le dos des pauvres", insiste-t-elle. La ministre avait démenti cette semaine des informations en ce sens du Canard Enchaîné et assuré qu'il n'était "pas question de faire des économies sur les plus vulnérables". 

Pour autant, "on ne doit pas s'acheter une bonne conscience avec les minima sociaux : ils sont un filet de sécurité indispensable mais ils ne permettent plus de sortir de la pauvreté", observe-t-elle.

Pavageau réclame que les syndicats soient concertés

"La question éventuelle de la transformation d'une aide sociale liée à l'évolution du besoin, qui ne serait plus le même aujourd'hui qu'il y a dix ans, mais parlons-en, ça nécessite une vraie évaluation", a expliqué Pascal Pavageau, patron de Force ouvrière (FO), en réponse à Agnès Buzyn, sur le plateau de Questions politiques franceinfo/FranceInter/France2.

"Mais on ne peut pas rentrer dans la discussion en disant: 'on ne touchera pas à des aides sociales pour les plus pauvres'!", a-t-il prévenu. "D'abord c'est quoi les plus pauvres ? C'est quoi le niveau de pauvreté ?", a-t-il interrogé. Et au-delà, a-t-il rappelé, les aides sociales "sont là aussi pour empêcher" de "tomber" dans la pauvreté. Il a évoqué "une logique de rempart, de protection et de digue".

Réclamant que "les organisations syndicales notamment" soient concertées par le gouvernement sur le plan pauvreté qui doit être annoncé mi-juillet, Pascal Pavageau a appelé à "un débat" sur "l'expression du besoin social qui a généré ces dernières années" le niveau des différentes aides publiques, individuelles, fiscales ou à destination des entreprises.

J.-C.C. avec AFP