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Budget 2013 : "Les classes moyennes seront également touchées"

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Jean-Marc Ayrault a présenté ce vendredi en conseil des ministres le budget 2013. Un "budget de combat", selon le Premier ministre, qui désire enrayer la spirale de l'endettement.

Le budget 2013 présenté prévoit 20 milliards de hausse d’impôts. Principales cibles du gouvernement : les ménages les plus aisés et les grandes entreprises. Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques, analyse pour BFMTV les différentes mesures.

Nouvelle tranche d’imposition à 45%, relèvement de l’ISF, contribution exceptionnelle de 75% visant les foyers touchant plus d'1 million d’euros : le gouvernement durcit nettement l’imposition des personnes aisées. Que pensez-vous de ces mesures ?

En premier lieu, il convient de noter que l'ambition de ce budget est colossale. Si l’on prend en compte les mesures de cet été, il y a un objectif de réduction des dépenses de l’ordre de 36 milliards d’euros. C’est considérable. On peut parler en effet de justice sociale car de nombreuses mesures porteront sur les personnes aisées. Au-delà des revenus du travail, la taxation des revenus du capital (intérêts dividendes, plus-values) touchera par exemple plutôt les hauts revenus..

Selon le gouvernement, les nouvelles mesures d’impôts épargneront 89% des Français. Ce chiffre est-il exact ?

Le gouvernement fait indéniablement peser une large partie de l’effort sur les ménages aisés. Toutefois, il serait illusoire d’imaginer que seul 10% des ménages seront impactés par le nouveau dispositif. La refiscalisation des heures supplémentaires, par exemple, pénalise plutôt les classes moyennes. Idem pour la baisse considérable de la dépense publique décidée par la majorité, qui un impact beaucoup plus large.

Un cercle vicieux

La consommation des ménages est le principal moteur de l’économie française. La morosité du marché du travail ayant un impact sur cette consommation, la France n’est-elle pas prisonnière de la conjoncture ?

Non seulement elle est prisonnière, mais elle a construit sa prison elle-même. L’objectif des 3% de déficit maximum est un fardeau quasi impossible à porter en période de récession. Et cet acharnement à tenter de respecter les 3%, dicté par l'Europe, conduit à un cercle vicieux. Plus le chômage augmente, plus on lance des plans de rigueur, plus la croissance s’estompe et plus le chômage augmente. 

Les perspectives peuvent-elles s’améliorer alors que la croissance de 0.8% espérée par le gouvernement, est sérieusement mise en doute par plusieurs économistes ?

L’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) estime que la croissance sera plutôt de l’ordre de 0%. Cela n’annonce évidemment rien de bon pour le futur. Pour créer des emplois, il faut une croissance moyenne de 1%, (le marché du travail devant absorber environ 150.000 nouveaux entrants chaque année), et il faudrait que cette moyenne monte à 1,5% pour faire baisser le chômage.