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Crise du coronavirus: que peut encore faire la BCE?

Les temps extraordinaires nécessitent une action extraordinaire", a tweeté la présidente de l'Institut de Francfort Christine Lagarde

Les temps extraordinaires nécessitent une action extraordinaire", a tweeté la présidente de l'Institut de Francfort Christine Lagarde - AFP

Alors que les premiers chiffres macro-économiques illustrent le lourd impact du confinement sur les économies européennes, les analystes s'interrogent sur la marge de manoeuvre de la Banque centrale européenne qui doit communiquer ce jeudi.

Alors que la croissance de la zone euro subit de plein fouet les effets du confinement économique avec une baisse historique du PIB de 3,8% au premier trimestre, la BCE est une nouvelle fois attendue au tournant pour soutenir l'économie du Vieux continent. 

La Banque centrale européenne doit en effet faire des annonces ce jeudi qui seront suivies de la traditionnelle conférence de presse de sa présidente, Christine Lagarde.

Mais après des premières mesures vigoureuses et exceptionnelles annoncées en mars, quelle est la marge de manoeuvre de l'institution de Francfort?

Rassurer encore et encore

La BCE devrait une nouvelle fois s'attacher à démontrer qu'elle est bien présente et qu'elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour limiter la casse. Elle devrait ainsi se dire prête jeudi à aller plus loin, tout en exhortant les gouvernements à accoucher d'une réponse commune. Ce qui pour le moment n'est pas le cas, accentuant encore plus la pression sur ses épaules.

Jouer la carte du statu quo pour le moment

De nombreux analystes pensent néanmoins qu'au-delà de ce discours interventioniste, dans les faits, elle s'alignera sur la dernière décision de la Réserve fédérale américaine, qui a laissé mercredi sa politique monétaire inchangée.

"L'exercice du jour pour la BCE va consister à faire preuve de pédagogie afin d'expliquer le dispositif enclenché depuis le début du mois de mars pour faire face à la crise et à laisser la porte ouverte à de nouvelles mesures, vraisemblablement annoncées en juin", commente à Reuters Christopher Dembik, responsable de l'analyse macroéconomique chez Saxo Bank.

Affronter la dette des Etats

ll s'agit également pour la BCE, de soutenir les mesures déployées par les gouvernements pour aider ménages et entreprises, qui vont créer une montagne de dette publique chiffrée à 1.000 milliards d'euros rien que pour l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne.

Or "tant que le partage des risques" entre Etats européens sera "limité", les tensions "persisteront" sur les emprunts émis par des pays aux finances fragiles, comme l'Italie, souligne la banque Goldman Sachs.

La BCE "discutera probablement d'une extension du programme d'achat d'urgence (PEPP)”, estime donc Fritzi Köhler-Geib, cheffe économiste de la banque KfW à l'AFP.

Dégainé le 18 mars, ce bazooka inédit prévoit déjà de dépenser 750 milliards d'euros en dette publique et privée d'ici la fin de l'année. Goldman Sachs table sur un gonflement de volume "de 500 milliards d'euros", et s'attend même à une décision dès cette semaine.

D'autres économistes misent davantage sur le mois de juin, au moment où la BCE disposera de nouvelles prévisions économiques pour se décider.

Encore augmenter les rachats de dette

La BCE pourrait aussi choisir d’augmenter les achats mensuels de dette dans le cadre de son programme d'assouplissement quantitatif (QE) mené depuis 2015, au-delà des 120 milliards déjà ajoutés en mars, prévoit Eric Dor, directeur de recherche à l'Institut d'économie scientifique et de gestion (IESEG).

Alors que l'institution vient d'accepter comme garanties bancaires des obligations dégradées en catégorie "spéculative", couramment appelée "pourrie" (junk), une option serait d'intégrer ces titres aux programmes de rachat de dette, ce qui reste interdit à ce jour. A moins que la BCE ne lève cette barrière juridique de son propre chef.

Stimuler les prêts

Christine Lagarde devrait également expliquer comment la BCE va mener ses rachats d'obligations, maintenant qu'elle a fait sauter la limite de 33% du stock de dette détenue pour un pays donné, dans une décision retentissante du 26 mars.

Il est en revanche peu plausible, aux yeux des économistes, que l'institut abaisse son taux de crédit déjà négatif à -0,5%, qui revient à ponctionner les banques sur les liquidités qu'elles confient à la BCE au lieu de les distribuer sous forme de crédits.

Pour soulager les établissements financiers, et surtout "les encourager à prêter", la BCE devrait au contraire relever la part de ces fonds exonérée du taux de crédit, poursuit Eric Dor.

Un autre geste envers les banques pourrait consister à rendre encore plus favorables les prêts de long terme (dits TLTRO) que leur accorde la BCE, à condition qu'elles soutiennent à leur tour les PME fragilisées par la crise.

Faire décoller l'hélicoptère à cash

Relancer la consommation qui s'est littéralement écroulée en distribuant directement du cash aux habitants de la zone euro (comme aux Etats-Unis) est une idée qui fait débat.

L'économiste Daniel Cohen propose ainsi, dans Les Echos, un versement de "1.000 euros à chaque citoyen le jour de Noël" par la BCE, en dernier recours. "Ça ferait 340 milliards. Si ça relance l'inflation, très bien, sinon très bien aussi !"

Parmi les partisans de l'helicopter money, le très influent think tank Bruegel, dirigé par Jean-Claude Trichet, aurait, selon le Spiegel, conseillé à Christine Lagarde, entre autres mesures, de réfléchir sérieusement à cette opportunité.

Mais cette solution est présentée par de nombreux experts comme un dernier recours. Et nous n'en sommes pas encore là.

Olivier Chicheportiche avec AFP