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Crèches: quand les Allemands imitent la France, ça leur coûte cher

Depuis le 1er août 2013, l'Allemagne a inscrit dans la loi le droit à une place en crèche pour tous les enfants de plus de 1 an et de moins de 3 ans.

Depuis le 1er août 2013, l'Allemagne a inscrit dans la loi le droit à une place en crèche pour tous les enfants de plus de 1 an et de moins de 3 ans. - Photo : JOHN MACDOUGALL / AFP

Pour inciter les femmes à faire des enfants, le gouvernement allemand s'inspire de la politique nataliste française. Les ouvertures de crèches se multiplient. Conscients qu'ils sont devenus une denrée rare, leurs salariés font grève pour obtenir des augmentations.

Il n’y a pas qu’en France que le personnel des crèches se soulève contre la dégradation des conditions de travail. En Allemagne, les "éducateurs" (nom générique donné outre-Rhin aux salariés des crèches et des "Kindergarten", l’équivalent de nos maternelles) sont également mobilisés pour obtenir de meilleurs salaires. Une grève oblige depuis plusieurs semaines les parents qui travaillent à trouver des solutions alternatives pour la garde de leurs jeunes enfants. Mais les salariés de ce secteur savent qu'ils sont en position de force.

Ayant bien pris conscience que leur taux de natalité (1,38 enfant par femme en 2012 contre 2,01 en France et 1,58 en moyenne dans l’UE) condamne à terme leur suprématie sur le plan économique, les Allemands ont en effet décidé de s’inspirer de la politique nataliste française, citée en exemple par les démographes. Le gouvernement d’Angela Merkel a donc accepté de mettre les bouchées doubles pour offrir aux mères allemandes les structures leur permettant de plus avoir à choisir entre la maternité et la carrière.

11,4% d'enfants en plus dans les crèches en une seule année

Plutôt que de continuer à obliger les femmes à s'occuper à plein temps de leurs enfants en bas âge -comme le voulait la tradition locale-, le gouvernement allemand a inscrit dans la loi le droit à une place en crèche ("Kita" en allemand) pour tous les enfants entre leur 1er et leur 3ème anniversaire, avant leur inscription dans l’équivalent de nos maternelles (le Kindergarten).

Près de 1,4 million de bambins sont potentiellement concernés par cette obligation légale entrée en vigueur le 1er août 2013. Et l’intendance a plutôt suivi. Moins d'un an après l’instauration de la loi, en mars 2014, le nombre d’enfants accueillis en crèche avait déjà progressé de 11,4%. A cette date, ils étaient 561.600 à laisser leurs parents libres de travailler dans la journée.

161.000 emplois créés en 7 ans

Les municipalités, les organisations religieuses (financées en Allemagne par une partie des impôts sur le revenu) ainsi que les structures privées ou associatives ont été contraintes de recruter à tour de bras. Au total, au 1er mars 2014, l'institut Destatis (l'Insee allemand) estimait à 527.400 salariés l'effectif total des 53.415 organismes publics, religieux ou privés recensés dans ce secteur. Soit 6,4% de plus qu’en 2013.

En l’espace de seulement sept ans, 161.000 emplois ont ainsi été créés rien que pour assurer l’encadrement éducatif des enfants et la gestion administrative des crèches. Et si les rémunérations n’ont pas progressé comme l’auraient souhaité les salariés du secteur, elles restent supérieures à celles pratiquées en France.

Des salariés payés en moyenne 2.880 euros bruts par mois

Le salaire brut moyen -tous métiers confondus- y atteint 2.880 euros bruts par mois. En France, à en croire la fiche métier du ministère de la Santé, le salaire mensuel brut d’une ou d’un auxiliaire de puériculture est d’environ "1.300 euros en début de carrière et de 2.300 euros en fin de carrière".

L‘investissement de l’Allemagne dans une politique de la petite enfance susceptible de relancer la natalité a même conduit la très sourcilleuse Angela Merkel à accepter de faire grossir les rangs de la fonction publique. Les crèches municipales ont, à elles seules, vu leurs effectifs progresser de 37% depuis la mi-2008. Et en une seule année -entre la mi-2013 et la mi-2104- elles ont créé 11.200 emplois, soit les deux-tiers de l'augmentation des effectifs dans les services publics allemands.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco