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Concurrence: les règles européennes sont-elles dépassées?

La vice-présidente de la Commission européenne, Margrethe Vestager, a estimé lundi qu'il convenait désormais d'"actualiser" les règles de la concurrence dans l'Union européenne afin de répondre aux nouveaux défis que constituent le numérique et la mondialisation.

Depuis que Bruxelles a interdit à Siemens et Alstom de fusionner en février dernier sous couvert que le mariage en question aurait pu se révéler néfaste pour la concurrence sur le marché ferroviaire de l'Union, les langues se délient. De plus en plus de voix s'élèvent, en effet, aujourd'hui en Europe pour demander à réviser le droit des fusions et de l'antitrust, notamment de la part de Berlin et Paris.

A l'époque, cette position assumée (et contestée tant par le gouvernement français que son pendant allemand) n'est autre que celle de la Commission européenne avec pour porte-voix celle qui intervient, à ce moment-là, en qualité de Commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager.

Mais depuis le 1er décembre 2019, cette dernière agit en tant que nouvelle vice-présidente de la Commission et selon elle, "le temps est venu d'actualiser" les règles de la concurrence, a-t-elle indiqué lundi à l'occasion d'une conférence organisée à Bruxelles.

L'ouverture selon Vestager

"Les défis auxquels nous sommes confrontés au début de cette nouvelle décennie nous obligent à réexaminer les outils que nous utilisons pour faire respecter les règles de concurrence", a déclaré la Danoise, rappelant que ces dernières datent de 1997.

"Des changements tels que la mondialisation et la numérisation font que de nombreux marchés fonctionnent différemment de ce qu'ils étaient il y a 22 ans", souligne celle qui officiait - depuis 2014 et jusqu'à présent - en tant que gendarme européen de la Concurrence.

Elle a évoqué la possibilité d'une nouvelle définition du marché du point de vue géographique pour analyser les fusions-acquisitions.

Sur ce point précis, l'allemand Siemens et le français Alstom avaient justement reproché à Margrethe Vestager de ne pas avoir assez pris en compte le danger de la concurrence chinoise pour les compagnies européennes dans un proche avenir. 

Répondre aux enjeux du numérique

Pour répondre à ses détracteurs, la nouvelle vice-présidente de la Commission européenne compte également se pencher sur la définition du marché pour s'adapter à l'ère du numérique. Dans son discours, elle a ainsi pris l'exemple de géants américains de tech, comme Google et Apple, ultra dominants dans leurs secteurs. Ce qui réduit, selon elle, considérablement le choix pour les consommateurs.

"Il se peut donc que nous devions à un moment donné nous pencher sur la façon dont ces écosystèmes peuvent enfermer les consommateurs", a-t-elle dit.

Au final, si l'idée de cette nouvelle ouverture au monde a le mérite d'émerger, elle apparaît néanmoins encore plus que contrôlée. Un contrôle exercé par la Commission avec en tête de gondole une Margrethe Vestager qui, en plus d'avoir été promue le 1er décembre dernier vice-présidente de la Commission européenne, conserve son ancien portefeuille et s'avère également en charge de l'économie numérique.

J.C-H avec AFP