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Cet atout français que jalouse l'Allemagne

La France envie à l'Allemagne ses ETI, mais l'Allemagne jalouse à la France ses start-ups.

La France envie à l'Allemagne ses ETI, mais l'Allemagne jalouse à la France ses start-ups. - Thomas Heylen - Flickr - CC

Les ETI allemandes font la force de son économie. Mais Berlin commence à sérieusement s'inquiéter de l'atonie entrepreneuriale sur son territoire.

Ne boudons pas notre plaisir: l'Allemagne envie parfois la France. En l'occurrence, ses start-ups. Si la France parle beaucoup d'entrepreneuriat, nos voisins aussi. Le sujet constitue même l'une des préoccupations du gouvernement germanique. Etonnamment, le nombre de créations d'entreprise est en baisse de l'autre côté du Rhin, un phénomène qui commence à sérieusement inquiéter les responsables politiques.

La force de l'économie allemande, on le dit souvent, sont ses fameuses ETI, les entreprises de taille intermédiaire. Le Mittelstand allemand, régulièrement érigé en modèle à suivre. Mais cet atout a ses revers: les grandes oubliées sont les petites entreprises, en particulier les start-ups, les petites structures naissantes dans le numérique, celles qui feront l'économie de demain. Déjà rares, elles sont de moins en moins nombreuses en Allemagne, selon le Wall Street Journal.

L'Allemagne suit l'exemple français

Le nombre de créations d'entreprise y a chuté de 28% en 10 ans. Et de 47% par rapport à 1996, selon les données du Bureau fédéral de la statistique de l'Allemagne. Si bien que les dirigeants politiques commencent à s'alarmer et parlent d'une pénurie d'entrepreneurs. Sigmar Gabriel, le ministre allemand de l'Economie, a donc décidé d'agir, une fois n'est pas coutume, en suivant l'exemple français. Il pousse par exemple à exonérer les start-ups d'impôts, et à faciliter leur accès au marché de capitaux. Tout un train de mesures est en outre prévu pour attirer les fonds de capital-investissement.

C'est l'esprit entrepreneurial que l'Allemagne veut redonner à ses concitoyens. Aujourd'hui, ils ne sont qu'un quart à s'imaginer créer une entreprise. Quand en France, ils sont un tiers, et aux Etats-Unis, un sur deux. Salons, concours: les initiatives se multiplient outre-Rhin pour sensibiliser et former à la création d'entreprise.

Les jeunes diplômés quittent le pays

La question est: comment les Allemands ont-ils perdu cette soif créatrice qui les caractérisaient, et qui a permis le redressement de l'économie dévastée au lendemain de la Seconde guerre mondiale? Aujourd'hui, le pays n'aime pas le risque. Dans le Wall Street Journal, des experts avancent que la créativité est peu valorisée dans leur pays.

Une étude parue mardi 10 mars apporte peut-être un nouvel éclairage sur ce phénomène: les Allemands, tout particulièrement les jeunes et les diplômés, seraient de plus en plus nombreux à quitter leur pays. Plus nombreux en tout cas que ceux qui y reviennent, selon cette enquête réalisée par le conseil d'experts des fondations allemandes pour l'intégration et les migrations (SVR).

L'Allemagne aurait ainsi perdu en moyenne 25.000 de ses ressortissants chaque année entre 2009 et 2013, une population plus jeune et plus diplômée que la moyenne. Typiquement le profil des créateurs de start-up… 

Isabelle Gollentz avec N.G.