BFM Business

Carlos Ghosn « a conspiré pour minimiser sa rétribution » et a effectué des malversations

-

- - AFP

Carlos Ghosn a été arrêté lundi après des mois d'enquête interne menée par Nissan, qui a transmis les résultats au parquet.

Selon un communiqué, le dirigeant âgé de 64 ans "a conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015". La somme de 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d'euros au cours actuel) a été déclarée aux autorités fiscales alors que Carlos Ghosn a gagné près de 10 milliards de yens sur la période, a expliqué le parquet. Le puissant patron d'industrie a été arrêté lundi après des mois d'enquête interne menée par Nissan, qui a transmis les résultats au parquet.

Lors d'une conférence de presse tenue dans la soirée, le président exécutif du constructeur d'automobiles japonais, Hiroto Saikawa, a également mentionné "de nombreuses autres malversations, telles que l'utilisation de biens de l'entreprise à des fins personnelles".

Hiroto Saikawa a eu des mots très durs contre son ancien mentor, Carlos Ghosn, tombé pour avoir trop concentré les pouvoirs, selon ses mots. "C'est un problème que tant d'autorité ait été accordée à une seule personne", a-t-il déclaré au siège du groupe à Yokohama, en banlieue de Tokyo, dénonçant "le côté obscur de l'ère Ghosn".

Le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga, a jugé mardi "la situation extrêmement regrettable", tout en se refusant à commenter le volet judiciaire de l'affaire.

Numéro un mondial

Carlos Ghosn était arrivé à Tokyo au printemps 1999 pour redresser Nissan, tout juste uni au français Renault. Il avait été nommé PDG deux ans plus tard. Surnommé "cost killer", il avait transformé un groupe en pleine débâcle en une société très rentable au chiffre d'affaires annuel de près de 100 milliards d'euros, ce qui lui vaut une certaine vénération dans l'archipel. Il a passé le relais en avril 2017 à son dauphin, M. Saikawa, tout en restant à la tête du conseil d'administration, pour se concentrer davantage sur l'alliance avec Renault et Mitsubishi Motors, qu'il a portée au sommet de l'industrie automobile mondiale.

En tant que PDG de Nissan, il avait touché pour la période d'avril 2016 à mars 2017 quasiment 1,1 milliard de yens (8,8 millions d'euros au cours de l'époque). Il gagne en outre plus de 7 millions d'euros par an au titre de PDG de Renault, qu'il dirige depuis 2009 (il en était directeur général depuis 2005), des revenus qui ont souvent fait grincer des dents.

Carlos Ghosn a sauvé fin 2016 le constructeur Mitsubishi Motors en prenant, via Nissan, une participation de 34% dans le groupe alors empêtré dans un scandale de falsification de données.

Le partenariat Renault-Nissan-Mitsubishi est aujourd'hui une construction aux équilibres complexes, constituée d'entreprises distinctes liées par des participations croisées non majoritaires. Renault détient 43% de Nissan, qui possède 15% du groupe au losange, tandis que Nissan possède 34% de son compatriote Mitsubishi Motors. De récentes rumeurs de fusion avaient filtré récemment.

Un CA prévu ce mardi chez Renault

Carlos Ghosn « n'est plus en état de diriger le groupe », a commenté, ce mardi matin, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire sur France Info. Il a notamment réclamé « une gouvernance intérimaire » alors que le Conseil d’administration du groupe doit se réunir ce mardi. 

« L'État en tant qu'actionnaire sera extrêmement vigilant à la stabilité de l'alliance et au groupe » et « à la stabilité nécessaire pour l'ensemble des salariés du groupe, auxquels je veux ici dire que l'Etat actionnaire assurera tout son soutien » a-t-il souligné.