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Budget européen : pourquoi ça coince ?

Les dirigeants européens ne sont toujours pas parvenus à un accord sur la trajectoire budgétaire européenne pour les six ans à venir

Les dirigeants européens ne sont toujours pas parvenus à un accord sur la trajectoire budgétaire européenne pour les six ans à venir - -

Fixer les recettes et les dépenses de l’Europe pour les six prochaines années tourne au casse-tête pour les dirigeants des Etats membres. Editorialiste sur BFM Business, Jean-Marc Daniel décrypte les enjeux de cet épineux dossier.

Les 27 dirigeants de l’Union européenne se retrouvent ce jeudi 7 février à Bruxelles. Dans le cadre d’un conseil européen, ils vont encore tenter de trouver un accord sur le budget pluriannuel 2014-2020 de l'Europe. Vont-ils y parvenir cette fois, alors que leurs discussions n’ont fait qu’achopper jusque-là ? Décryptage avec Jean-Marc Daniel, professeur d'économie à ESCP Europe et éditorialiste sur BFM Business.

> Voter un budget européen est-il toujours aussi compliqué ?

Crise de la dette souveraine ou pas, chaque fois qu’il faut voter un budget européen, "c’est le psychodrame", explique l’économiste. Cela devient encore plus problématique lorsqu’il s’agit, comme aujourd’hui, de définir une trajectoire budgétaire sur plusieurs années en ayant attendu le tout dernier moment.

Pourtant, Gerard Schröder et Jacques Chirac s’en étaient inquiété dès 2003, en concluant un accord destiné à reformater le budget européen avant d’arriver à l’échéance 2013, explique Jean-Marc Daniel. Ils voulaient notamment réviser le poids de la Politique agricole commune, la fameuse PAC, comme l’avait préconisé l'économiste André Sapir, dans un rapport.

> Comment est pourvu le budget européen ?

Le budget de l'UE est la somme des contributions des 27 pays membres qui participent proportionnellement à leur richesse. Sauf la Grande-Bretagne, rappelle notre éditorialiste. Margaret Thatcher a obtenu ce qu’on appelle "le chèque britannique" en 1984, dont le royaume bénéficie toujours aujourd’hui.

La dame de fer critiquait à cette époque le système des recettes du budget européen, principalement constitué de l’intégralité des droits de douanes versés à la zone. Cela implique que les pays dont la majorité des échanges commerciaux sont intra-européens, donc pas soumis à des taxes douanières, participent peu au budget.

Ceux qui commercent majoritairement en dehors, eux, paient plus. C’est le cas de la Grande-Bretagne, dont le partenaire commercial privilégié est les Etats-Unis. "I want my money back", s’était indignée Thatcher. Elle avait obtenu gain de cause : depuis le sommet de Fontainebleau, les Britanniques récupèrent chaque année une partie de leurs droits de douanes.

> Quels sont les principales raisons du blocage ?

D’après le professeur à l’ESCP, la Grande-Bretagne est bien souvent en cause. Le manque à gagner lié au chèque britannique est financé par les autres Etats membres, qui ne cessent de réclamer la suppression de cet avantage, France en tête. De leur côté, les Britanniques réclament régulièrement une remise en cause de la PAC.

Jean-Marc Daniel raconte ainsi qu’en 2005, au moment des discussions sur le précédent budget pluriannuel, le Premier ministre de l’époque Tony Blair avait réclamé un réexamen de la Politique agricole commune. Une demande qui aurait provoqué la colère de la reine dont la famille, les Windsor, sont les premiers propriétaires fonciers d’Europe. Convoqué devant Elisabeth II, le dirigeant travailliste lui aurait dit de ne pas s’inquiéter, que "demander une révision de la PAC n’était qu’une manière de faire hurler les Français et d’éviter de parler d’autre chose", comme d’une suppression du rabais…

> Un accord va-t-il être trouvé ?

Jean-Marc Daniel est convaincu que oui. Que les pays iront à reculons, mais qu’ils signeront. Pour lui, ce qui se joue dans ces négociations, ce n’est pas seulement une histoire économique. Le vrai enjeu selon lui, c’est le rapport de force entre Etats, les relations entre eux. L’issue des négociations va déterminer le rôle de chacun pour les années à venir. Pour le moment, la France est en train de perdre son statut de moteur politique, tandis que la Grande Bretagne conserve celui de l’eurosceptique.

Nina Godart