BFM Business

Brexit: l'Ecosse peut-elle se permettre d'être indépendante?

Une partie des Ecossais veulent reprendre leur indépendance pour rester dans l'Union européenne

Une partie des Ecossais veulent reprendre leur indépendance pour rester dans l'Union européenne - ANDY BUCHANAN / AFP

Fort de son succès aux dernières législatives, le parti indépendantiste écossais réclame un nouveau référendum d'auto-détermination. Mais un départ de l'Ecosse pourrait s'avérer compliqué, tant sur le plan économique que politique.

Victoire éclatante pour Boris Johnson. Le Premier ministre conservateur, fort d'une large majorité après les élections législatives du 12 décembre, va pouvoir mener à bien la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Mais ce Brexit ouvre aussi la porte à une nouvelle crise majeure pour l'unité du Royaume-Uni puisqu'en Ecosse, le parti indépendantiste a réussi un véritable raz-de-marée: 48 sièges sur les 59 possibles reviennent au Parti national écossais (SNP).

Une légitimité qui a poussé la Première ministre de Nation du nord, Nicola Sturgeon, à réclamer un nouveau référendum d'indépendance après l'échec de 2014. "Boris Johnson a peut-être reçu un mandat pour faire sortir l'Angleterre de l'Union européenne. Il n'a absolument pas le mandat de faire sortir l'Écosse de l'Union européenne. L'Écosse doit avoir le choix de son propre avenir" a-t-elle expliqué à la chaîne de télévision Sky News.

Pourtant, un nouveau scrutin n'a rien d'acquis. Boris Johnson a régulièrement rappelé son opposition à un deuxième référendum qui doit être validé par Londres pour être légal. Bruxelles n'a aucune envie, non plus, de voir l'Ecosse prendre son envol, au risque de créer une contagion dans d'autres régions sécessionnistes en Europe, à commencer par la Catalogne.

Place forte de la finance?

Sur le plan économique, l'indépendance écossaise n'est pas non plus une mince affaire. Selon le cabinet PwC, la province affichera une croissance de 1,3% en 2019 avant de retomber à 1% en 2020.

Après la fermeture des mines de charbon, la première activité du 'pays' est devenue l'exploitation du pétrole et du gaz qui a permis l'accélération du développement de l'Ecosse à partir des années 80. Si un énorme gisement de gaz a encore été découvert en début d'année, la production baisse néanmoins depuis une vingtaine d'années.  En 2018, 77,2 millions de tonnes d’équivalent pétrole (une tonne correspondant à peu près à 7,3 barils) ont été extraits contre 136 millions de tonnes en 1998. La pression des écologistes rend ainsi moins évidentes les nouvelles exploitations. Reste que le secteur a rapporté 24,8 milliards de livres, en hausse ces dernières années grâce à l'envolée des prix des matières premières dans le monde.

L'autre grand secteur de l'activité écossaise, ce sont les services et notamment la finance qui a une place très importante. Edimbourg est d’ailleurs le deuxième centre financier du Royaume-Uni, après la City de Londres. Le secteur a beaucoup souffert depuis la crise de 2008 mais a finalement remonté pente. Si bien qu'une perte de vitesse de Londres pourrait bien profiter à sa voisine du nord qui se rêve déjà en paradis de la fintech. Problème: le système financier fonctionne car il repose sur le Royaume-Uni qui garantit la solvabilité des banques. 

Dépendante aux aléas

Dernier grand secteur de l'économie écossaise: les exportations agroalimentaires, à commencer par le whisky et le saumon. Des exportations qui risquent d'être pénalisées par le Brexit, alors que Washington souhaite aussi les taxer, dans le cadre de la guerre commerciale avec l'Union européenne.

L'Ecosse peut-elle donc se permettre d'être indépendante? Une chose est sûre, elle serait largement dépendante des aléas comme les variations du cours du pétrole ou les crises financières, à moins de garder une coopération très serrée avec le voisin anglais.

Par ailleurs, le gouvernement britannique n'a aucun intérêt à se séparer de sa province. De Theresa May à Boris Johnson, tous les Premiers ministres ont multiplié les promesses, ces dernières années, pour tenter de convaincre l'opinion écossaise qui reste très partagée. Car la contagion est possible: si un départ devait être acté, il pourrait aussi pousser l'Irlande du Nord à réfléchir à une unification avec son voisin du sud. La Grande-Bretagne ressemblerait alors à un petit confetti sur la carte du monde.

Thomas Leroy