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Attentats: non, les Français ne cherchent pas à s’armer

La législation française est inflexible pour la possession d’armes à feu.

La législation française est inflexible pour la possession d’armes à feu. - Thomas Oliva - AFP

Depuis le début de la semaine, une rumeur court. Les Français se renseigneraient pour s'équiper d’armes à feu. Plusieurs armuriers démentent totalement ce bruit qu'ils jugent inquiétant.

Depuis les derniers attentats, une rumeur circule selon laquelle les Français, surtout à Paris, chercheraient à s’armer pour se rassurer ou pour se défendre. Dans la presse, quelques armuriers se plaignent même de l’explosion des demandes de particuliers. Les Français sont-ils vraiment en train de constituer un arsenal pour affronter les terroristes?

Pour Jean-Daniel Mercier, armurerie Alex à Paris, tout cela n’est que fantasme ou invention. "Il faut arrêter de dire n’importe quoi, tonne ce professionnel de 40 ans d'expérience. Il n’y a aucune augmentation de la demande. Notre activité est même en baisse depuis plusieurs années."

Chez Denis Girod, propriétaire de l’armurerie Girod à La Bathie (73), c’est le même son de cloche. "Peut-être qu’il y a une tendance en région parisienne, mais dans notre coin, je peux vous assurer que les attentats, ceux de janvier ou les derniers, n’ont eu aucun effet sur notre activité." Ce spécialiste affirme même que les ventes d’armes de chasse sont même en baisse. Quant aux inscriptions dans des clubs de tir, il y a certes une légère augmentation, mais depuis trois ou quatre ans. "En tout cas, notre ligne téléphonique n’a pas été assaillie ces derniers jours", nous a-t-il assuré.

"Je ne parle pas aux journalistes..."

"Tout cela est exagéré", nous a également confirmé Jean-Philippe Dupuis, l’un des collaborateurs d’Yves Gollety, patron d’une armurerie parisienne et président de la Chambre syndicale nationale des armuriers de France, absent pour nous répondre. "Dans notre magasin, il y a eu quelques demandes de particuliers, mais rien d’énorme. Et puis, ça ne concerne que les armes d’autodéfense comme les bombes lacrymogènes ou les armes de défense électriques, mais en aucun cas des armes de poing."

Un autre armurier parisien n’a pas voulu répondre à nos questions, de peur que ses propos soient mal interprétés. Selon lui, "quand on parle aux journalistes de moutons verts, ils écrivent vaches bleues. Je ne préfère pas communiquer".

Nous avons également appelé deux armureries à Marseille qui confirment les propos de leurs confrères. L’un d’eux indique qu’en effet, quelques passants se sont renseignés, mais seulement sur des articles d’autodéfense accessibles à tous.

Le responsable de l’armurerie Mattéi (Marseille) confirme juste quelques demandes d’information: "Oui, il y a effectivement eu quelques personnes qui nous ont posé des questions, mais ce n’est pas l’afflux. On m’a surtout demandé si je vendais des masques à gaz ou des pistolets d’alarme qui sont des armes qui tirent à blanc et qui servent à effrayer, c’est tout. Et d’ailleurs je n’en vends pas. La seule chose que je propose en arme de défense ce sont des bombes lacrymogènes. Mais je n’en ai pas encore vendu. Peut-être que c’est encore un peu trop tôt pour le moment."

Pareil pour le patron de l’armurerie Gatimel, dans le centre de Marseille. "Je n’ai vraiment pas la sensation qu’on ait plus de clients que d’habitude. Nous avons plutôt une clientèle de chasse. En janvier, après Charlie, il y avait du monde, mais c’était en pleine période de chasse. De toute façon, c’est tellement compliqué d’obtenir une arme. Il faut faire partie d’un club et ça prend plusieurs mois."

Une législation sévère et dissuasive

En effet, la législation française est si dure pour la possession d’armes à feu qu’en acquérir une est un véritable parcours à obstacles.

Car les Français peuvent effectivement acheter des armes en toute légalité, mais dans deux cas très précis: la chasse et le tir sportif. Mais, il faut du temps, un comportement irréprochable, ne pas avoir de condamnation pénale et être apte physiquement et mentalement.

Pour s’équiper d'un fusil de chasse, un permis est obligatoire et pour l’obtenir, il faut être motivé. Il est nécessaire de suivre une formation et de passer un examen contrôlé par l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS). 

L’autre possibilité consiste à s’inscrire dans un club de tir sportif. Mais n’imaginez pas que l’on puisse se rendre aussitôt dans une armurerie pour acheter une arme de poing (catégorie B). Après l’inscription, il faut attendre six mois pour déposer une demande au Préfet complétée par un avis favorable du président du club. "Une personne qui s’inscrit aujourd’hui pourra éventuellement acheter une arme de poing qu’un an après", nous a précisé Denis Girod.

Pour Jean-Daniel Mercier, cette rumeur reste inquiétante, mais il est plutôt rassuré par le comportement des Français. "D’abord, ce n’est pas dans notre culture, mais surtout, nous savons tous en France que posséder une arme n’est pas la solution, même dans ce contexte d’attentat", nous explique le spécialiste qui rappelle que même aux États-Unis, où posséder une arme à feu est légal, cela n’a jamais empêché les tueries. "Les Français ont du sang froid, ce sont des gens sérieux", a même tenu à conclure Jean-Daniel Mercier ravi de constater que, si la population est triste et révoltée, elle ne panique pas.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco