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Agriculture : le bio prend racine

L'objectif officiel est d'avoir 15% de la surface utile agricole totale en bio fin 2022

L'objectif officiel est d'avoir 15% de la surface utile agricole totale en bio fin 2022 - Ehrecke-Pixabay-CC

’Agence Bio indique que l’agriculture biologique avait franchi un nouveau cap côté production au point de désormais couvrir 7,5% de la surface agricole hexagonale. Du jamais vu.

Indéniablement, l’agriculture biologique française se porte bien, très bien même. Non seulement l’appétit des consommateurs français se révèle de plus en plus conséquent (ils sont plus de 9 sur 10 à admettre avoir consommé au moins une fois des produits biologiques, près de ¾ à en consommer régulièrement et 12% à le faire quotidiennement), mais la production tricolore ne cesse de croître au fil des ans.

En 2018, cette dernière a occupé 7,5% du territoire agricole national. Un essor que l'Agence Bio, cet organisme public qui suit et analyse l'évolution du bio en France, n’avait encore jamais constaté et qu’elle souligne dans une étude publiée ce mardi 4 juin. Pour Florent Guhl, directeur de l’agence en question, il est clair qu’« avec deux millions d'hectares cultivés en bio en 2018 en France, il y a vraiment un cap franchi côté production ». Un cap qui, selon lui, se révèle « en ligne avec l'objectif de parvenir à 15% de la surface agricole en bio fin 2022 ».

+31% des surfaces agricoles bio

L’an passé, 9,5% des agriculteurs français ont travaillé en bio. Selon le bilan annuel de l’Agence, le secteur a fourni 14% de l'emploi agricole. Mais ce qui se révèle assez significatif, c’est que l’année 2018 apparaît comme une « année record » pour le bio, souligne Florent Guhl. Les grandes cultures (céréales, oléagineux, et légumes secs) ont rattrapé leur retard au point d’afficher un bond de 31% des surfaces agricoles bio par rapport à 2017 et d’occuper 513 000 hectares.

Pour comprendre l’ampleur de cette hausse, il faut observer les chiffres de 2013. Cette année-là, seulement 1% des grandes cultures hexagonales étaient bio. Aujourd’hui, « nous sommes à 4,3% », se félicite le directeur de l'Agence Bio.

Et si cette croissance au beau fixe se mesure d’année en année, cela est essentiellement dû à l’augmentation significative des capacités de traitement et de stockage dédiées à cette agriculture.

15% de production en 2022

Pour autant, tout reste encore à faire. Selon l'Agence Bio, il est nécessaire de faire en sorte que 8% des grandes cultures soient estampillées bio dans les années à venir. Pour l’heure, les chiffres varient de manière conséquente selon les filières. Dans le domaine des légumes secs, 40% sont déjà produits de façon biologique. En viticulture, 12% du vignoble était bio (94 020 hectares) en 2018 (soit un bond de 20% comparé à 2017). Pour encourager les producteurs, un label CAB pour « conversion agriculture biologique) » a même été créé.

La rentabilité en point d’orgue

Le fait est qu’au-delà des ambitions éco-responsables qui accompagnent le secteur, cette mue vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement a surtout pour objectif de répondre aux attentes de plus en plus fortes des consommateurs français.

Selon l’étude, les années passant, les consommateurs tricolores se révèlent de plus en plus sensibles à l’agriculture biologique. Leurs modes de consommation évoluent, leurs habitudes également. Et ce ne sont pas les plus jeunes qui diront le contraire. Selon l’Agence, ils sont, en effet, « davantage sensibilisés à la consommation responsable et plus largement à l’environnement durable et l’écologie, qui impactent inévitablement leurs habitudes d’achat ». Pas étonnant donc que les professionnels du secteur opèrent cette transition.

L’an passé, plus de la moitié des Français (57%) déclaraient avoir modifié leurs comportements alimentaires et culinaires, notamment les femmes (61%), relève l’étude. Ils sont aujourd’hui, 45% à vouloir consommer différemment. Preuve, s’il en est, que les professionnels du secteur (et donc les agriculteurs) ont tout intérêt à prendre le bio par les cornes pour surfer sur une vague qui risque bien de s’inscrire dans la durée.

En 2018, le marché du bio tricolore a atteint 9,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires contre 8 milliards d’euros en 2017.

Julie COHEN-HEURTON