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A la SNCF, les syndicats contestataires gardent la main

Des cheminots, lors de la contestation contre la réforme ferroviaire.

Des cheminots, lors de la contestation contre la réforme ferroviaire. - Jacques Demarthon - AFP

A l'issue des élections professionnelles, la CGT et SUD gardent leur majorité. La CFDT réalise un score décevant.

Les élections professionnelles à la SNCF auraient pu rendre la tâche plus facile à son PDG Guillaume Pepy, en vue des prochaines négociations. Il n'en sera rien: la répartition des forces syndicales est restée stable au sein de la compagnie ferroviaire.

Lors du premier vote électronique organisé dans l'entreprise pour élire les nouveaux comités sociaux et économiques (CSE), la CGT est ainsi restée en tête, malgré une légère érosion.

Derrière les 34,02% de la CGT-Cheminots (-0,3 point par rapport au scrutin précédent en 2015), l'Unsa-ferroviaire conserve sa deuxième place, avec 23,96% (+0,1 point), devant SUD-Rail à 17,28% (+0,5 pt) et la CFDT-Cheminots à 14,30% (-0,9 pt).

La participation en baisse, pari perdu pour la direction

Pour les discussions à venir, les équilibres restent donc les mêmes: le camp des contestataires, CGT et SUD, garde la majorité face aux progressistes Unsa et CFDT. Après ce classement inchangé des quatre syndicats représentatifs, FO reste à sa 5e place, mais perd 1,5 point, à 7,63%. La CFE-CGC, qui ne faisait pas cette année liste commune avec FO, mais avec deux syndicats de cadres maison, a obtenu 2,78% des voix.

"Malheureusement, par rapport à ce que l'on espérait, pas de grand soir", a sobrement commenté auprès de l'AFP Sébastien Mariani, secrétaire général adjoint de la CFDT-Cheminots. "L'électorat cadre s'est un peu dispersé, notamment en se reportant sur la CFE-CGC", a-t-il estimé.

Le taux de participation a décru, glissant à 66,70%, soit une baisse de près de deux points par rapport aux 68,65% de 2015. La direction n'a donc pas atteint son "objectif" affiché d'"atteindre au moins" la même participation que lors du précédent scrutin. SUD-Rail a souligné que ce taux était "historiquement le plus bas pour des élections professionnelles à la SNCF".

Cinq mois après l'adoption de la loi de réforme ferroviaire, qu'une longue grève unitaire de 36 jours sur trois mois n'avait pas réussi à bloquer au printemps, quelque 150.000 cheminots étaient appelés à élire leurs représentants dans les 33 CSE, qui remplaceront à partir du 1er janvier les anciennes instances de représentation du personnel. Disparaîtront ainsi 31 comités d'entreprise, 300 délégués du personnel et 600 comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail.

SUD-Rail en progression

A la CGT-Cheminots, qui avait craint de baisser davantage compte tenu notamment du vote électronique, "on ne peut pas être satisfait quand on a une baisse", mais "on limite très largement la casse", a souligné son secrétaire général Laurent Brun, alors qu"'il y a eu une baisse des inscrits et de la participation dans le collège exécution", vivier de sympathisants pour le syndicat.

L'Unsa-ferroviaire, qui se qualifie d'"interlocuteur pivot et incontournable" au sein de la SNCF et de la branche ferroviaire, a jugé que son score stable "illustr(ait) la cohérence et la reconnaissance du travail effectué", un "syndicalisme progressiste et de négociation".

SUD-Rail s'est félicité d'obtenir "la plus grosse progression, malgré le vote électronique", qui a "plombé la participation des salariés du collège exécution" par rapport aux deux autres, ce qui entraîne "un déséquilibre de la représentation".

Pour négocier à la fois dans l'entreprise et la branche ferroviaire, "on est dans un statu quo avec les mêmes équilibres de représentation et de force entre les organisations syndicales", a relevé le directeur des ressources humaines du groupe, Benjamin Raigneau.

Reste en effet à mettre sur pied un nouveau pacte social pour tous les cheminots de la SNCF, avant l'arrêt des embauches au statut de cheminot en janvier 2020. Mais aussi à boucler une convention nationale collective pour toutes les entreprises de la branche ferroviaire, qui fixera un cadre social minimum identique à tous les salariés d'un secteur qui verra s'ouvrir à la concurrence le transport intérieur de voyageurs fin 2019.

Y.D. avec AFP