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15 milliards d'économie, vraiment ?

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Coulisses de l'Economie - Le projet de loi de finances 2014 vise selon le gouvernement à amorcer les 60 milliards d'euros d'économies sur la dépense publique d'ici 2017. JM. Ayrault a parlé de 15 milliards pour 2014. Mais c'est un leurre.

Outre les hausses d’impôts, un des enjeux du budget de l’année prochaine est le montant d’économie que le gouvernement a prévu de faire l’année prochaine. L’annonce officielle est de 15 milliards d'euros. Mais ces 15 milliards d'euros portent sur l’ensemble des dépenses publiques et donc se décomposent en 6 milliards d'euros sur la Sécurité sociale et 9 milliards d'euros sur le bloc Etat/ collectivités locales. Donc le budget de l’Etat qui est ce qui est examiné en ce moment n’est qu’une étape et il faudra voir en novembre quand est examiné le budget de la Sécu comment sont réalisés les 6 miliiards d'euros la concernant. Mais surtout, il y a une autre astuce qui est de parler d’économie non pas dans l’absolu mais par rapport à ce qu’aurait été le budget s’il avait continué à augmenter au même rythme que les années précédentes. En fait ce dont se félicite le gouvernement, ce n’est pas que la dépense publique baisse, mais c’est qu’elle augmente moins vite !!

C'est une ficelle un peu grosse, non ?

Oui, mais c’est une présentation assez subtile des choses qui a l’avantage de correspondre aux attentes de Bruxelles. Le gouvernement a un message dans deux directions : l’opinion publique qui est lasse de payer de plus en plus d’impôts ; Bruxelles et les partenaires européens qui ont des raisonnements technocratiques assez compliqués où on raisonne plutôt sur les tendances de long terme que sur la réalité quotidienne.

Que faut-il retenir de cela ? La copie est bonne, oui ou non ?

Je dirais : devrait mieux faire. En fait, on a l’impression que le gouvernement cherche à gagner du temps avant de s’attaquer aux vrais problèmes. Il y en a trois qu’il va falloir résoudre assez vite : le premier est la dérive des comptes des collectivités locales. Elles mettent en avant les nouvelles missions nées de la décentralisation, mais cela n’explique que la moitié de l’évolution de leurs dépenses ; le deuxième est que l’Etat continue à faire des économies de bouts de chandelle alors qu’il va falloir se poser la question de l’utilité de certains services ; enfin les dépenses de santé sont appelées à augmenter compte tenu du vieillissement de la population et il est vain de croire que l’on pourra se contenter là encore d’économie de bouts de chandelle dans les hôpitaux.

Jean-Marc Daniel