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Critiqué par le FMI, Thomas Piketty contre-attaque

Thomas Piketty lors du festival de Cannes

Thomas Piketty lors du festival de Cannes - Loïc Venance - AFP

L'économiste répond à une étude publiée par le fonds fin août qui remettait en cause la viabilité de ses théories dans le Capital au XXIe siècle. Il considère qu'il est difficile "d'apprendre quoi que ce soit de cet exercice".

Thomas Piketty aura pris son temps pour répondre. Début août, une étude publiée par le FMI venait remettre en cause un principe fondamental de son best-seller Le Capital au XXIe siècle. Le texte était signé par l'économiste Carlos Goes.

Pour rappel, la principale conclusion du livre de Thomas Piketty est que l'accroissement des inégalités est due au fait que la rémunération du capital (les dividendes, par exemple) augmente plus vite que la croissance.

En conséquence, plus la différence entre la rémunération du capital et le taux de croissance augmente, plus la part du capital dans le revenu national s'accroît. Ce qui, in fine, aboutit à renforcer les inégalités, car le capital est bien plus inégalement réparti que les salaires.

Une étude "faible et peu convaincante"

Carlos Goes avait alors voulu vérifier ce postulat via une base de données englobant 19 pays sur la période 1980-2012. Il avait alors trouvé que dans 75% des cas, la théorie de Piketty ne se vérifiait pas.

Plus d'un mois après la publication, l'économiste français réagit. Dans un post de son blog sur lemonde.fr, il explique pourquoi l'étude du FMI lui semble "relativement faible et peu convaincante".

S'il se dit "heureux que [son] livre ait pu contribuer à stimuler le débat public sur les inégalités" et considère qu'il est "normal que le débat se poursuive", il juge "qu'il est à peu près impossible d'apprendre quoi que ce soit d'utile de cet exercice (du FMI, ndlr).

En cause la méthodologie de l'étude et la nature de la base de données "totalement inadaptée". Thomas Piketty reproche d'abord au FMI d'avoir utilisé, pour mesurer les inégalités, le revenu et non le patrimoine. "Cela pose une difficulté majeure, dans la mesure où l’inégalité des revenus est déterminée à titre principal par les revenus du travail", juge-t-il. Or les revenus du travail sont liés à des mécanismes propres au marché du travail, fait-il valoir, et en aucun cas à la différence entre la rémunération du capital et le taux de croissance, son principe de base. Au final, Thomas Piketty considère que le choix de Carlos Goes "n'a guère de sens" et qu'il aurait été plus judicieux de prendre le patrimoine plutôt que les revenus.

"Un débat sain"

Deuxième gros reproche que formule Piketty: la façon dont le FMI mesure la différence entre la rémunération du capital et le taux de croissance. "Le FMI utilise en effet pour estimer le rendement du capital des mesures du taux d’intérêt sur la dette souveraine. La difficulté ici est que les portefeuilles importants et les patrimoines élevés ne sont pas placés en bons du trésor (contrairement à ce que le FMI semble imaginer)" mais en actions, écrit Thomas Piketty.

L'économiste regrette ainsi que le fonds n'ait pas pris en compte le fait que les petits et gros patrimoines ont des placements complètement différents avec des rendements complètement différents. Un détail important car l'économiste juge que si l'on omet ce point "il est impossible de rendre compte de l'explosion des plus hauts patrimoines mondiaux".

Néanmoins, Thomas Piketty tente de la jouer fair-play en assurant, à la fin de son post, que "ce type de controverses me semble parfaitement naturel et sain pour le débat démocratique".

J.M.