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Wish, le discret vendeur en ligne qui cartonne grâce à ses pubs bizarres sur Facebook

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Créée en 2011 aux États-Unis, la plateforme de e-commerce sur smartphone Wish séduit de plus en plus de Français avec ses produits chinois à des prix attrayants. Mais de nombreux utilisateurs critiquent sa fiabilité.

Un smartphone à 33 euros au lieu de 550 euros, une station météo à 22 euros au lieu de 273 euros ou encore des chaussures de randonnée qui passent de 414 à 18 euros. Voilà le genre d'offres que vous pourrez trouver sur Wish, la plateforme de e-commerce qui commence à faire un carton en France. Sans faire de bruit, le site basé à San Francisco et créé en 2011 par un ancien de Google s'est imposé ces derniers mois comme une alternative aux Amazon, CDiscount et autre PriceMinister. 

Chaque mois, ce sont 7 millions de personnes en France qui se rendent sur le site de vente selon Le Journal du Net, ce qui en fait malgré la faible notoriété de sa marque un des 20 sites les plus fréquentés de France, pas très loin de PriceMinister (7,08 millions) et de Darty (7,3 millions). Mais c'est surtout sur le mobile que Wish fait un carton. Spécialement conçue pour le smartphone, Wish est la 10ème appli la plus téléchargée de 2017 en France selon Apple, soit la première application de e-commerce de l'appStore. Sur Android, Wish fait encore plus fort puisqu'elle se classe 2ème application gratuite la plus téléchargée du store de Google. 

Comment Wish a réussi à se hisser si haut en passant sous les radars? Tout simplement en court-circuitant les traditionnels moyens de communication (Wish n'a pas de siège en France par exemple) et en investissant massivement sur les réseaux sociaux. Principalement sur Facebook. La société de e-commerce serait le deuxième plus gros annonceur sur Facebook et aurait par exemple dépensé plus de 100 millions de dollars sur la seule année 2015 selon le site Recode.

Faux pénis et sweat-shirts cocaïne

Des pubs virales, le plus souvent pour des gadgets grotesques ou osés que vous avez certainement déjà vus sur Facebook. Faux pénis, sweat-shirts décorés avec des sachets de cocaïne, sacs géants pour se reposer à l'intérieur... Une grande foire du n'importe quoi. Sur internet, des groupes de discussion se forment même pour tenter de savoir à quoi servent les produits. 

Des pubs qui ont commencé à fleurir en 2015 quand Facebook a lancé son nouveau système de pub dynamique. L'algorithme du réseau social va lui-même chercher les produits sur le catalogue de ses annonceurs. Alors que des sociétés comme Amazon rechignent à laisser Facebook piocher dans son catalogue, Wish ouvre ses portes en grand au réseau social qui va chercher des produits à mettre en avant en fonction des données qu'il possède sur ses utilisateurs. Logiquement, les amateurs de tech devraient avoir des smartphones et ceux de balades en montagne des chaussures de randonnée. Mais comme Wish possède un colossal catalogue de 170 millions de produits pour 500.000 marchands, des produits étranges à fort potentiel de clic apparaissent souvent dans le carrousel de pubs.

Et si Wish vend autant de produits, c'est qu'à la différence d'Amazon, il n'a aucun entrepôt et ne stocke rien. Il se contente de référencer des vendeurs et des fabricants essentiellement chinois. Un "modèle factory-to-smartphone" comme le résume le consultant Yves Marin dans le JDN qui permet à la plateforme de proposer toutes sortes de produits bizarres made in China qui vont de l'écarteur interne de narines aux sextoys les plus farfelus en passant par des montres mécaniques ou des lampes pour éclairer l'intérieur des toilettes... Des produits vendus à des tarifs défiant toute concurrence. Et tous les jours, l'utilisateur peut même profiter de soldes encore plus importantes en faisant tourner la roue des ventes flash qui permet de débloquer 10, 20 ou encore 100 produits à prix encore plus bradés (le slogan de Wish est "acheter en s'amusant"). Par ailleurs, des achats permettent de débloquer des réductions supplémentaires, un peu comme dans un jeu vidéo.

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- © Wish

Si la mécanique de Wish est bien huilée, de nombreux acheteurs s'interrogent sur la fiabilité du site. Sur les forums de discussion les avis sont très partagés. Et sur le site d'avis Trustpilot, Wish n'obtient que la note moyenne de 3/5. Les critiques se concentrent principalement sur les délais de livraison qui peuvent aller de 10 à plus de 28 jours (les vendeurs Wish souvent chinois ont 7 jours pour expédier le colis).

"Que dire à part que je n'ai jamais reçu mes articles, juste déçu. Déjà que le délai de livraison est extrêmement long....", se plaint un internaute. "Les prix affichés sont hors frais de port et quand vous regardez de plus près votre commande, vous vous rendez compte que la livraison est aussi parfois plus chère que le produit", précise un autre. Mais d'autres sont plus enthousiastes: "J'ai passé un grand nombre de commandes chez eux et je n'ai jamais eu de problème avec. Il faut juste bien lire la description et savoir que vous n'aurez pas la belle boîte de présentation qui fait enfler le prix. Un délai de livraison assez long mais on a une évaluation de la date et si on ne reçoit pas le colis on est très rapidement remboursé".

De faux prix barrés

Car si les prix sont bas, c'est que Wish agit sur ce qu'on appelle le marché gris, soit la vente de produits expédiés depuis l'étranger et qui passent à travers les mailles du filet de la TVA et des droits de douanes. D'ailleurs sur Wish les prix sont indiqués hors-taxes et la TVA n'est pas réclamée au moment du paiement.

Deuxième élément: sur Wish, tout paraît incroyablement alléchant avec du -78, du -85 ou du -97%! Mais outre la qualité des produits pas toujours à la hauteur, il faut se méfier des prix barrés. Il est évidemment difficile de comparer des produits qui n'ont souvent pas de marque. Mais on peut néanmoins retrouver certains produits sur d'autres sites comme ce smartphone Y10 de la marque XGody. Wish annonce un prix barré de 549 euros et le vend... 33 euros. Mais de la Fnac à Amazon en passant par CDiscount, aucun vendeur en ligne ne le propose à plus de 90 euros. 

Dernier point qui peut poser problème: le service client. La société ne possédant pas d'antenne en France, les clients non satisfaits auront du mal à avoir quelqu'un au téléphone à moins d'être bilingue et d'appeler la société à San Francisco. Mais les utilisateurs peuvent néanmoins faire leur réclamation depuis le site, le menu est plutôt bien fait. Pour rassurer les utilisateurs, Wish assure qu'il couvre les commandes défaillantes et la marque rembourse en bons d'achat jusqu'à 30 jours les produits qui ne conviendraient pas. 

Le patron de Wish se compare à Donald Trump

Car le but est de fidéliser les clients avec un site présenté comme sûr, des produits pas chers qu'on achète comme on prend une canette au distributeur. L'idée, c'est d'engranger des informations sur ces clients et de leur proposer toujours plus de produits qui leur conviennent, afin qu'ils en achètent encore plus. Un système efficace qui attise les convoitises. Amazon et Alibaba auraient tenté il y a deux ans de racheter Wish pour 10 milliards de dollars. Très discrète, la société serait pourtant déjà valorisée 8,5 milliards de dollars avec ses levées de fonds qui s'établissent pour le moment à 1,25 milliard de dollars. Sur son site, Wish assure être "la 6ème plus grande entreprise au monde de e-commerce et vise la première place!" Son patron et fondateur Peter Szulczewski fait en tout cas montre d'audace.

"J'entends souvent les investisseurs dans la Silicon Valley me dire 'je ne connais personne qui achète sur Wish', a-t-il expliqué lors d'une conférence fin 2016. Mais pour les élections vous entendiez la même chose 'je ne connais personne qui va voter pour Trump', on voit ce que ça a donné."
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco