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Viande cultivée: premier feu vert des autorités américaines pour sa commercialisation

Les autorités américaines ont jugé sûre la consommation de viande de synthèse fabriquée en laboratoire par une entreprise californienne. Elles ouvrent ainsi la voie à sa distribution sur le territoire américain.

De la viande cultivée en laboratoire devrait bientôt arriver dans les rayons de supermarché, aux Etats-Unis. Dans un communiqué paru le 16 novembre, l'Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a donné son feu vert à Upside Foods, une entreprise spécialisée dans la production de viande de culture, pour la commercialisation de son poulet de synthèse.

Si sa consommation par l'Homme a été jugée sûre par l'autorité de santé publique, elle devra encore passer quelques tests réglementaires avant d'être distribuée sur le marché. Mais cette approbation de la FDA représente un premier pas essentiel.

Pour produire cette viande cultivée, la société californienne prélève des cellules vivantes sur des poulets, avant de les cultiver dans un laboratoire contrôlé. Il en résulte une viande de culture, c'est à dire produite sans qu'aucun animal n'ait été abattu.

Un message positif pour tous les acteurs du secteur

Avec cette autorisation, la FDA ne se contente pas de donner un premier sésame à Upside Foods. Elle a également envoyé un message positif à toutes les entreprises du secteur en déclarant être prête à approuver la vente d'autres viandes cultivées en laboratoire.

"La FDA est prête à travailler avec d'autres entreprises développant des aliments et des processus de production de cellules animales cultivées pour garantir que leurs aliments sont sûrs et légaux en vertu de la loi fédérale sur les aliments, les médicaments et les cosmétiques", peut-on lire dans le communiqué.

Elle pourrait aussi se prononcer en faveur de la commercialisation des produits de la mer, cultivés en laboratoire à partir de cellules de la vie marine.

"Notre objectif est de soutenir l'innovation dans les technologies alimentaires tout en gardant toujours comme priorité la production d'aliments sûrs", a ajouté la FDA.

Une alternative plus écologique à l'élevage traditionnel?

La production de viande cultivée apparaît comme une alternative à l'élevage traditionnel, et notamment bovin, dont l'impact colossal sur l'environnement est régulièrement pointé du doigt. Selon l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations unies (FAO), cette activité agricole est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre émises chaque année.

Et si de nombreuses start-up se sont lancées sur le créneau depuis quelques années (elles étaient 70, selon des chiffres de l’ONG américaine Good Food Institute de 2021), l'impact environnemental de la viande issue de cellules souches reste difficilement mesurable.

Pour la première fois, une étude de mars 2021 menée par le cabinet néerlandais CE Delft, spécialisée dans l'environnement, et citée par Le Monde, avait tenté de quantifier cet impact en utilisant les données de start-up spécialisée dans la fabrication de viande cultivée. Or, ces travaux concluent que l'empreinte écologique de la viande de culture, lorsqu'elle est produite avec un mix énergétique standard, est moins importante que celle de la viande bovine. En revanche, elle surpasse celle des viandes de volailles et de porc, moins émettrices que l'élevage de boeuf.

Des obstacles réglementaires

Mais l'optimisation des modes de production de viande cultivée en laboratoire pourrait changer la donne. Dans l'hypothèse d'une production de viande de synthèse utilisant exclusivement une énergie décarbonée, l'étude montre que son impact environnemental serait inférieur à celui de l'ensemble des viandes traditionnelles, et pas seulement au boeuf.

Malgré cela, l'agriculture cellulaire peine encore à franchir les nombreux obstacles réglementaires qui la sépare de la grande distribution. Singapour est le premier pays à avoir autoriser la vente de produits carnés cultivés, fin 2020. Depuis, aucun autre Etat n'a franchi le pas. Mais les Etats-Unis pourraient suivre.

D'après The Guardian, il faudra toutefois attendre quelques mois avant que la viande produite en laboratoire n'arrive dans les supermarchés américains.

Nina Le Clerre