BFM Business

Pourquoi les mamans devraient gérer seules les finances familiales

La répartition de la gestion des finances du foyer demeure très normée.

La répartition de la gestion des finances du foyer demeure très normée. - Amacom

"Dans un ouvrage à paraître en juin, une universitaire américaine explique qu’il faudrait laisser les femmes gérer seules les cordons de la bourse familiale. Et ce, pour trois raisons."

"Papa doit travailler, tu viendras nous chercher !", lui a un jour lancé sa fillette de 5 ans. La formule a laissé Kimberly Palmer stupéfaite. Car cette Américaine travaille elle aussi, tout autant que son mari. Elle est professeur à l’American University, un établissement privé d’enseignement supérieur de Washington.

Alors pourquoi sa fille pense-t-elle que c’est forcément son père qui a des obligations professionnelles et subvient aux besoins financiers de sa famille? Kimberly Palmer mène des recherches depuis des années et écrit justement sur les meilleures façons de gérer l’argent d’un foyer. Pour elle, la raison de cette interprétation par sa petite fille tient au fait que l’enfant voyait uniquement son père gérer les finances familiales, comme le raconte le New York Times.

Répartition des tâches

Comme dans cette famille, dans les foyers d’hétérosexuels américains, les hommes ont en effet tendance à gérer les investissements et les impôts, quand les femmes s’occupent plus souvent des dépenses courantes et des dons de charité. Dans la moitié de ces foyers, l’homme prend même seul la décision d’investir ou non l’argent commun. 37% des couples partagent la décision et la femme prend seule les décisions dans seulement 13% des cas. Quant aux couples homosexuels, leurs membres ont tendance à gérer leur patrimoine de manière plus individualisée.

En France, le constat est globalement le même. "Au sein des foyers appartenant plutôt aux classes moyennes et supérieures (…) la gestion comptable de l’ordinaire et du quotidien revient aux femmes, tandis que celle des investissements à long terme y serait plutôt l’affaire des hommes", écrit la sociologue Agnès Martial dans l’ouvrage L’usage de l’argent dans le couple : Pratiques et perceptions des comptes amoureux, paru en 2008. 

Plus prudentes

Au-delà de son cas familial personnel, l'enseignante américaine a été particulièrement affectée par ces constatations. La réflexion de sa fille l’a ainsi poussée à rédiger un livre intitulé Smart Mom, Rich Mom, qui sortira au mois de juin. Son message? Pousser les femmes à devenir seules gestionnaires des finances de leur foyer. Toutes. Systématiquement.

L'auteur s’appuie sur trois arguments. Le premier: les femmes ont tendance à être de meilleurs investisseurs, plus prudentes que les hommes. Des études, citées par le New York Times, ont en effet montré que les hommes avaient tendance à prendre plus de risques, parfois mal mesurés.

Construction sociale

Une raison purement sociologique s’ajoute à cela. Ce que les enfants perçoivent de la répartition des tâches et des responsabilités entre leurs parents influence leur façon de voir le monde. Si une fillette voit régulièrement son père faire les comptes, remplir les feuilles des impôts, discuter avec le banquier alors qu’elle ne voit jamais sa mère s’en occuper, elle associera cela à une responsabilité essentiellement masculine. De la même façon qu’elle associera le bricolage à un homme et la cuisine à une femme si la répartition des tâches par sexe est aussi tranchée au sein de sa famille. Si cette répartition est en revanche inversée, Kimberly Palmer estime qu'il y a de quoi faire évoluer les modèles de construction sociologique des enfants. Et ce afin qu'à terme, une fille se sente tout autant concernée par la gestion de l’argent qu’un garçon.

La troisième raison est d’ordre démographique. Les femmes ayant tendance à vivre plus longtemps que les hommes, la plupart des femmes, même si elles ont vécu une grande partie de leur vie en couple, devront donc assumer la gestion de leur patrimoine un jour ou l’autre. Voilà une raison de plus pour qu’elles s’y mettent tout de suite. Mais tous les hommes en auront-ils envie?

Adeline Raynal