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Pourquoi la flambée de Covid au Vietnam risque d'entraîner une pénurie de baskets pour les fêtes

Confronté à sa première grande vague de contamination, le Vietnam a instauré un confinement dans le sud du pays. La production de baskets concentrée autour d'Hô Chi Minh-ville est affectée. Un souci, en premier lieu, pour Nike dont la majorité des baskets sont produites dans ce pays.

Après les concessionnaires automobiles et les magasins de bricolage, c’est au tour des chefs du rayon "baskets & sneakers" dans les grandes surfaces de se faire du souci. Cette filière, dont les ventes avaient été épargnées par la chute des achats de vêtements et chaussures, est aujourd’hui menacée de pénurie.

En cause, la situation sanitaire au Vietnam. Jusqu’à cet été, ce pays de presque 100 millions d’habitants, était parvenu à endiguer les trois premières vagues mondiales de Covid. Mais le variant delta a mis à mal sa stratégie de défense.

Bien que loin d’atteindre celui de la France, le nombre quotidien de personnes testées positives (8293 en moyenne sur les sept derniers jours) inquiète les autorités. Pour deux raisons: la virulence du variant delta et le très faible taux de personnes vaccinées dans la population. Près de 9% des Vietnamiens ont reçu une première dose, et moins de 1% bénéficié d’une vaccination complète.

Dans les usines restées ouvertes, 50% seulement des salariés sont présents

Les autorités ont donc décidé de confiner la partie sud du pays où se trouve le foyer épidémique. Or c’est dans cette région, autour d’Hô Chi Minh-ville, la capitale économique, que se situe l'essentiel des sites de production de baskets du pays.

Il y a trois semaines, les usines locales des deux principaux fournisseurs de Nike, le taiwanais Pou Chen Corp et le coréen ChangShin, ont été obligées de fermer après la découverte de plusieurs dizaines de cas de covid-19 parmi leurs salariés. Et, depuis, les usines qui tournent encore, font face à un absentéisme grandissant. Le site professionnel spécialisé World Footwear assurait la semaine dernière que les fabricants locaux devaient se contenter de la moitié de leurs effectifs.

La situation susciterait sans doute moins d’inquiétudes si le Vietnam ne s’était pas imposé comme l’un des acteurs majeurs de la production mondiale de baskets.

Une paire de Nike sur deux est "made in Vietnam"

Ces derniers mois, les grandes marques et leurs fournisseurs ont en effet largement misé sur la production vietnamienne. En partie parce que le pays n’avait pas été touché par l’épidémie mais surtout parce qu’à l'été 2020, l’Union européenne et le Vietnam ont signé un accord de libre-échange favorisant, notamment, les importations de baskets.

Or avec un quart des ventes mondiales, l’Europe est tout juste derrière l’Amérique du Nord, le marché qui génère le plus de chiffre d’affaires. Résultat: la moitié des Nike sont aujourd’hui "made in Vietnam". Et ses concurrents Adidas et Puma ont considérablement augmenté le niveau de leurs commandes aux fabricants vietnamiens.

De surcroît, la filière fait face à d’autres problèmes. En amont, elle doit gérer des pénuries de matières premières pour confectionner ces chaussures qui intègrent de très nombreux matériaux différents. Et en aval, pour livrer les entrepôts tant en Europe qu’aux Etats-Unis, elle est confrontée à une envolée des tarifs du fret maritime.

Les prix pour transporter les baskets du Vietnam à Rotterdam sur un porte conteneur se situent toujours aux niveaux records atteint au tout début de l’année. Au moins quatre fois plus élevé qu’avant la crise. Sans compter les délais de livraison qui s’allongent et les risques importants de retard.

Une pénurie dans les rayons avant Noël?

Les consommateurs qui songent à acheter de nouvelles baskets doivent-ils s’inquiéter de cette situation inédite? Pas dans l’immédiat. Les marques disposent de stocks suffisant pour garnir les rayons et répondre à la demande toujours plus forte à la rentrée. Mais pour la période des fêtes, on ne peut rien garantir.

Et qui dit pénurie, dit généralement aussi hausse des prix. On ne peut donc pas exclure que le prix moyen d’une paire de baskets augmente dans les prochains mois.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco