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Plus écologiques et confortables, les culottes menstruelles font carton plein

En seulement trois ans, une vingtaine de marques de culottes menstruelles sont nées en France

En seulement trois ans, une vingtaine de marques de culottes menstruelles sont nées en France - Elia

En seulement trois ans, la culotte menstruelle a conquis les consommatrices. Plus d'une vingtaine de marques en commercialisent désormais et le made in France tire son épingle du jeu.

Réjeanne, Fempo, Pourprées, So’Cup… En trois ans, le marché des culottes menstruelles a explosé en France. Une vingtaine de marques commercialisent aujourd’hui ces sous-vêtements absorbants, pensés pour remplacer les protections hygiéniques jetables comme les tampons ou les serviettes. Le succès de ces produits est tel qu'il existe désormais des maillots de bain et des leggings menstruels.

Alternative écologique, éthique, confortable et inclusive (certaines marques taillent du 34 au 52), les culottes menstruelles se vendent à tous les prix, de 20 euros pour un modèle basique à 60 euros pour une culotte fabriquée en France. Les savoir-faire français sont mis en avant par les marques, notamment pour la dentelle.

La culotte menstruelle était déjà populaire aux Etats-Unis avant de débarquer dans l’Hexagone, sous l’impulsion de Fempo début 2018. Quelques mois plus tard, Réjeanne débarque sur le marché et tout s’accélère. Aujourd’hui, l’offre est telle qu’il est difficile de savoir précisément combien d’entreprises existent.

“En un an, une quinzaine de marques ont été créées, je n’ai même pas encore eu le temps de toutes les tester”, reconnaît Justine Leroy, créatrice du blog "What What", spécialisé dans le zéro déchet et qui publie des tests de culottes menstruelles.

Face à la demande croissante des consommateurs, des marques de lingerie classique s’y sont converties, à l’instar de Dim et Sloggi. D’autres, comme Darjeeling ou Etam, préfèrent pour l’instant miser sur des partenariats avec des marques spécialisées.

La culotte menstruelle s’installe même dans les rayons de supermarché. Monoprix commercialise par exemple celles de Réjeanne, Smoon et Blooming. Une manière de rendre les produits accessibles au plus grand nombre.

Pour les clientes, c’est important de voir les culottes, de pouvoir les toucher. Car il y a encore beaucoup de questions sur le produit”, détaille Wye-Peygn Morter, co-fondatrice de la marque Réjeanne, la première à proposer du made in France.

"L’accessibilité passe aussi par le prix. Quand on a créé la marque, on voulait une pièce de lingerie made in France technique [Réjeanne a déposé un brevet sur la partie absorbante de la culotte, ndlr] et abordable”, poursuit-elle. Chez Réjeanne, un modèle basique est vendu 34 euros quand une culotte plus sophistiquée, par exemple ornée de dentelle française, coûte 60 euros.

La culotte menstruelle, moins chère que les protections jetables?

L’un des arguments avancés par les marques est justement le coût moindre de ces culottes à l'usage, comparé à celui des protections jetables. En France, il n’existe aucun chiffre fiable sur le sujet. Mais selon une estimation réalisée par Le Monde il y a deux ans, une personne menstruée dépenserait 7,50 euros par cycle en moyenne, soit 90 euros par an, en comptant l’achat de protections hygiéniques et d’antidouleurs.

Pour un cycle de règles, il faut compter 4 ou 5 culottes, détaille Justine Leroy du blog What What. Selon le flux, une culotte peut se garder jusqu’à 12 heures. Il en faut donc au moins une pour la journée, et une autre pour la nuit. Mais surtout, elles doivent être lavées après chaque utilisation et sécher à l’air libre”.

Au bout du compte, les culottes menstruelles sont plus rentables que des protections jetables (la marque made in France Elia propose sur son site un calculateur d'économies). Mais abandonner ses tampons et ses serviettes au profit de culottes lavables demande un investissement de départ avoisinant les 150 euros. Tous les budgets ne peuvent pas se le permettre.

En France, près de 1,7 million de femmes n’auraient pas les moyens d’acheter des protections périodiques, selon une enquête IFOP de 2017. Les étudiantes sont particulièrement touchées par la précarité menstruelle, alertent plusieurs associations. Leur enquête publiée début février révèle que 13% ont déjà dû choisir entre acheter des protections hygiéniques et un autre produit de première nécessité.

La plupart des marques de culottes menstruelles collaborent avec des associations comme Règles élémentaires. C’est le cas de la marque Réjeanne. “On fait des dons de culottes menstruelles mais pas tant pour la précarité car ce ne sont pas forcément des produits adaptés. On demande aux associations ce dont elles ont besoin et c’est plus souvent de dons financiers”, détaille Wye-Peygn Morter.

“Quand on est à la rue, c’est trop compliqué de laver sa culotte, de la faire sécher pour pouvoir la remettre. Pour ces personnes en grande précarité, il vaut mieux faire don de protections jetables", abonde Justine Leroy.

Des protections plus respectueuses de l'environnement

Autre argument majeur en faveur des culottes menstruelles: l'écologie et la réduction des déchets. On estime qu'une femme va jeter 10.000 à 15.000 protections menstruelles au cours de sa vie. Outre cette considération, leur composition est dénoncée depuis plusieurs années, en raison de l'utilisation de produits chimiques aux effets cancérogènes ou perturbateurs endocriniens, qui nuisent à la planète et à la santé.

Réjeanne, Fempo, Petites Culottées, Pourprées, Elia et bien d'autres produisent à partir de tissus certifiés OEKO-TEX, un label qui vise à garantir des tissus qui ne contiennent aucun produit toxique pour le corps ou pour l’environnement. Certaines utilisent même du fil recyclé et la partie absorbante de la culotte est souvent conçue à partir de fibres végétales comme le tencel, produit à partir de pulpe de bois, principalement d'eucalyptus.

Mais comme le tote bag - l'alternative en tissu aux sacs en plastique, les culottes menstruelles ne sont écologiques qu'à condition d'être vraiment réutilisées.

Par ailleurs, toutes les marques ne se valent pas. 60 millions de consommateurs alertait récemment sur les arnaques qui émergent sur internet, proposant des culottes de qualité douteuse, souvent venues de Chine. Les consommateurs les découvrent généralement via des publicités sur Facebook ou Instagram. Pour s'assurer de la qualité d'une culotte menstruelle, mieux vaut donc mettre le prix et miser sur un produit estampillé made en France.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech