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"On s'est mis en ordre de marche": comment les brasseurs se sont préparés à la réouverture des terrasses

Ce 19 mai les bars et restaurants peuvent rouvrir les terrasses

Ce 19 mai les bars et restaurants peuvent rouvrir les terrasses - BFM BUSINESS

Depuis le mois de novembre, la production de bière a été quasiment stoppée. Les producteurs qu'ils soient industriels ou plus artisanaux ont dû rapidement se remettre en ordre de bataille pour assurer l'approvisionnement des bars et des restaurants.

Si les Français attendent avec impatience la réouverture des terrasses ce mercredi, l'attente a également été forte du côté des brasseurs. Il faut dire que la production de bière est quasiment à l'arrêt depuis novembre dernier. Mais pour ces producteurs, qu'ils soient gros industriels ou petits indépendants, le défi à relever a été énorme pour livrer en temps et en heure, bars, cafés et restaurants.

Il s'est en effet passé moins d'un mois entre les annonces officielles de réouverture et la date du 19 mai. Or, il a fallu repartir de zéro, la bière stockée n'étant plus de qualité suffisante pour être livrée et servie (30 millions de litres ont du être jetés depuis le début de la crise). Et il faut trois semaines minimum pour fabriquer le breuvage.

"C'était court mais le secteur s'est très vite mobilisé", assure à BFM Business, Maxime Costilhes, délégué général de Brasseurs de France, le syndicat professionnel de la brasserie française, qui représente plus de 98% de la production française de bière.

"On sera prêts mercredi, on va y arriver"

"Chacun a pris son risque, s'est mis en ordre de marche depuis qu'on a eu une date de réouverture des terrasses même si nous aurions voulu avoir un peu plus de temps", poursuit le responsable. "On sera prêts mercredi, on va y arriver", lance-t-il enthousiaste.

Chez Heineken, le géant du secteur qui exploite dans le monde pas moins de 297 marques de bière, il a fallu anticiper.

"Nous avons pris le pari en anticipant les annonces. Notre priorité c'était d'être présent en quantité et en qualité à la réouverture et il a fallu reconstituer tous les stocks. Nous avons donc redémarré nos lignes de production il y a deux mois", nous explique Lucie Arnoux, directrice commerciale marché hors domicile de Heineken France.

Chez les "petits" brasseurs, anticiper n'était pas vraiment possible. "Le souci, c'est qu'on a été échaudés en novembre dernier, on avait dû arrêter la production du jour au lendemain alors qu'on préparait la production pour la fin d'année. Du coup on été prudents pour la suite, on ne pouvait pas produire sans date précise de reprise", explique Jean-Olivier Rieusset à la tête de la brasserie indépendante Alaryk basée dans le sud de la France.

"On a réembrayé progressivement la machine, notamment grâce à la demande des cavistes et aujourd'hui, nous avons retrouvé un rythme de production quasi-normal", assure le dirigeant.

Un regain à confirmer

Cafés et restaurants sont au rendez-vous des commandes qui évidemment sont fortes "mais c'est encore compliqué à évaluer", souligne Maxime Costilhes. Et les incertitudes sont nombreuses.

"Il faut rappeler que seul un bar sur 4 a une terrasse et il y a la jauge qui limite le nombre de places. Il y a aussi la question de la météo. Donc, on observe en effet beaucoup de commandes mais qui concernent ce redémarrage, c'est sur la durée qu'on pourra vraiment évaluer la vigueur de la demande".

"Ca va monter en puissance dans les prochains mois", veut croire Lucie Arnoux de Heineken France. "Mais il est vrai que le vrai départ se fera fin juin avec la fin du couvre-feu et l'arrivée des touristes notamment étrangers".

"Le taux de commandes est énorme et on livre à tour de bras", ajoute Jean-Olivier Rieusset "mais nous profitons aussi du fait d'être présent dans le sud où les terrasses sont très nombreuses. On est confiant sur la suite si on se base sur l'expérience de l'année dernière avec la réouverture des bars en juin. On a vite ratrappé le rythme de 2019".

Mais pour Heineken, il faudra encore du temps pour retrouver un niveau normal d'activité. "Actuellement, nous sommes encore à -50% par rapport à un mois normal et on devrait encore rester en dessous dans les prochains mois. Cela dépendra notamment du retour des touristes étrangers mais ça ne sera pas pour cette année", souligne Lucie Arnoux.

Risque de pénurie?

Reste que le secteur travaille aujourd'hui à flux tendus et certains pointent même un risque de pénurie, comme au Royaume-Uni. "Ce ne sont pas les mêmes volumes, je ne pense pas qu'il y ait un risque", estime Maxime Costilhes.

Un avis nuancé par Jean-Olivier Rieusset: "l'an passé, on a vu des ruptures chez certains industriels. La question pour nous est celui du maintien ou non des événements festifs de l'été. Ca risque de peser dans la balance et donc sur la production". Et de préciser que sa brasserie n'a pas de stock d'avance pour le moment.

D'autres risques pèsent sur la production, comme la difficulté à s'approvisionner en certaines matières, notamment ce qui concerne le conditionnement: "il y a une vraie difficulté conjoncturelle sur les canettes, les palettes, ça créé quelques tensions", confirme le responsable de Brasseurs de France.

Les brasseurs exigent de nouvelles aides

"Il y a une grosse tension sur les verriers pour la production de bouteilles", ajoute le patron de la brasserie Alaryk. Or, la consommation de bière en bouteille ne cesse de progresser en France. "Les délais de livraison se sont allongés car des fours ont été mis à l'arrêt".

"Il y a des tensions sur les contenants", confirme Lucie Arnoux. "Mais on a un énorme avantage: nos fûts et certaines de nos bouteilles sont consignés, ils sont donc réutilisés". Et un géant comme Heineken a évidemment sécurisé ses approvisionnements. "On se prémunit en France de toute pénurie", avance la responsable.

Autre risque pour la production, les difficultés en trésorerie des producteurs privés de chiffre d'affaires pendant plusieurs mois. Le secteur réclame un nouveau pack d'aides: "les PGE ont été largement consommés et il faudra rembourser. La moitié des entreprises du secteur ont un taux d'endettement supérieur à 100% de leur chiffre d'affaires, c'est un risque important", prévient Maxime Costilhes.

"Le niveau d'aides n'a pas été à la hauteur, certaines brasseries récemment créées n'ont rien eu. Le PGE c'est de la dette et tout euro à rembourser, c'est un euro de moins pour l'investissement. Il risque d'avoir un impact important sur l'investissement pour les prochaines années, ça va être compliqué pour les petits brasseurs. Nous réclamons donc que le remboursement soit étalé sur 7 ans", explique Jean-Olivier Rieusset.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business