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Le spectaculaire déclin de la consommation d'alcool des Français

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Alors qu'un Français consommait en moyenne 200 litres d'alcool par an en 1960, il n'en consomme plus que 80 litres, selon l'Insee en 2018. C'est principalement le vin que les Français délaissent, sa consommation a été divisée par 3,5 en 60 ans.

C'est un changement majeur de société. Les Français boivent de moins en moins d'alcool. Si la tendance est connue, une étude de l'Insee permet d'en mesurer l'ampleur sur une longue période.

Ainsi entre 1960 et 2018, la consommation moyenne par Français de boissons alcoolisées a été divisée par 2,5. Un Français buvait 200 litres d'alcool par an à l'époque, il n'en boit plus que 80 aujourd'hui. Et si ce recul est essentiellement survenu entre le début des années 1960 et le milieu des années 90, à la suite de la mise en place de politiques publiques de lutte contre la consommation quotidienne d’alcool, il perdure encore aujourd'hui.

Et si les Français boivent moins d'alcool c'est principalement du vin dont ils se sont détournés ces dernières décennies. De 128 litres par an en moyenne par personne en 1960, la consommation de vin est tombée à 36 litres en 2018. Concrètement, le Français boit aujourd'hui en moyenne un verre de vin par jour alors qu'il en buvait 3,5 en 1960. 

Lorsqu'on servait du vin à la cantine scolaire

Il faut savoir que jusque dans les années 1950, le vin était servi comme boisson dans les cantines scolaires.

"A cette époque, c’est une pratique commune de voir des enfants consommer du vin, explique Stéphane Le Bras, spécialiste d'Histoire contemporaine à l'université Clermont Auvergne sur Public Sénat. Les parents ont l’habitude de donner une fiole de vin coupée avec de l’eau à leurs enfants lorsqu’ils se rendent à l’école."

Il faudra attendre 1956 pour que l'Etat légifère et interdise la consommation de l'alcool dans les cantines mais seulement pour les enfants de moins de 14 ans!

C'est en effet le vin dit de consommation courante (les vins de table) qui ont le plus reculé. Alors que les Français en consommaient 115 litres par an en moyenne, ils n'en boivent désormais plus que 17 litres. Et la baisse est continue puisque la consommation était encore de 47 litres en 1990 et de 28 litres en 2000. 

Si les Français boivent moins, mais ils ont en revanche tendance à boire mieux. La consommation des vins de qualité est elle en hausse sur la période (de 12,5 litres en 1960 à 18,9 litres en 2018). Même si elle aussi est en recul sur les périodes récentes. En 2000, les Français en consommaient 25 litres par an, soit 30% de plus qu'aujourd'hui. 

La seule boisson alcoolisée vraiment en hausse sur une longue période est le champagne. Sa consommation a été multiplié par quatre depuis 1970 et elle se maintient à ce niveau de 4,5 litres par an et par habitant. La bière aussi tire son épingle du jeu (+4 litres par an en 2018 par rapport à 2010) mais seulement depuis quelques années avec des nouvelles offres qui séduisent les jeunes

Les Français boivent plus que la moyenne

Et ce désintérêt pour l'alcool n'est pas lié à son prix. "Entre 1960 et 2018, les prix des boissons alcoolisées ont été légèrement moins dynamiques que les prix de l’ensemble de la dépense de consommation des ménages (+4,0 % par an en moyenne contre +4,1%)", relève l'Insee. Même si avec l'augmentation des taxes ces dernières années, l'alcool a progressé un peu plus vite que les autres produits (+1,8% de hausse en moyenne pour l'alcool depuis 1990 contre +1,3% pour les produits de consommation).

Malgré cette baisse, les Français restent des consommateurs importants d'alcool à l'échelle européenne. En 2016, avec une consommation de 12,6 litres d’alcool pur par personne de plus de 15 ans, la France est le huitième plus grand consommateur d’alcool pur par personne d’Europe (11,5 litres en moyenne dans l'UE). Cela s'explique notamment par un taux d'abstinence moyen en France. 

"En France, 13% de la population de plus de 15 ans consomme de l’alcool 6 à 7 jours par semaine, l’une des plus fortes proportions d’Europe. En revanche, le taux d’abstinence (15%) est dans la moyenne européenne, entre le taux maximal d’abstinence de 30% en Italie et le taux minimal de 7% au Danemark", observe l'Insee.

Ce désintérêt croissant pour l'alcool profite en revanche aux boissons non-alcoolisées dont la part dans le budget boisson des Français est passée de 22,4% en 1960 à plus de 40% en 2018. Parmi les boissons non alcoolisées, la part de la consommation des eaux de table, des boissons aromatisées et des sodas, ainsi que des jus de fruits et de légumes, a fortement augmenté depuis 1960: au total, elle atteint 69,8 % de la dépense en boissons non alcoolisées en 2018.

Le poids des jus de fruits et de légumes a surtout crû à partir des années 90. À l’inverse, la part des boissons chaudes (café, thé et cacao) a décru fortement depuis 1960: de 71,2 %, elles n’en représentent plus que 30,2 % en 2018. La tendance s’est toutefois inversée dans les années 2010, essentiellement en raison de la progression du café.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco