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Le changement d'heure fait-il (vraiment) économiser de l'énergie?

Une écrasante majorité d'Européens se sont prononcé pour la suppression de l'heure d'hiver. Bruxelles promet d'appliquer la mesure. Il est connu que le changement d'heure a été instauré pour réaliser des économies d'énergie. Est-ce vraiment le cas?

C'est décidé, le changement d'heure sera bientôt de l'histoire ancienne. La Commission européenne avait lancé une consultation publique sur le sujet. Sur 4,6 millions de répondants, 84% sont favorables à la fin de ce système. "Nous allons maintenant agir en conséquence et préparer une proposition législative", a déclaré la commissaire européenne chargée des Transports, Violetta Bulc.

En France, le changement d'heure arrive au début du XXe siècle. Une première version a été instaurée en 1917, avant d'être chamboulée durant la Seconde Guerre mondiale. L'introduction de l'heure d'été, qui correspond au système actuel, remonte à 1976. Il a été introduit après le premier choc pétrolier, période où les prix de l'énergie ont fortement grimpé.

Cette concordance des deux événements n'est pas anodine. Car l'objectif originel de ce système est de réaliser des économies d'énergie en réduisant les besoins d'éclairage. En retardant d'une heure la tombée de la nuit, la durée d'éclairage est mécaniquement plus courte. À l'origine, cette mesure était provisoire, avant d'être définitivement adoptée est harmonisée au niveau européen en 1998.

0,07% de la consommation totale

Cependant, ce gain n'a cessé de se réduire ces dernières décennies. En 1996, l'économie de consommation électrique générée par le changement d'heure était estimée à 1200 Gwh par an, selon le ministère de l'Industrie, EDF et l'Agent de l'environnement (Ademe). Selon les plus récentes estimations de cette dernière, publiées en 2016, les économies d'énergie ne sont plus que de 351 Gwh par an, soit 0,07% de la consommation totale d'électricité, ou la consommation annuelle d'environ 70.000 foyers. Le développement des ampoules à basse consommation permet de réaliser des économies massives sur l'éclairage, rendant les effets du changement d'heure dérisoires.

De nombreux pays ont en conséquence décidé de s'en passer. C'est le cas notamment de la Chine, de l'Argentine, ou encore de la Turquie qui a mis fin au changement d'heure en 2016. Pour ces États, les bénéfices du système sont bien moindres que ses effets négatifs sur le bien-être et la santé. Les opposants au changement d'heure mettent en avant l'effet psychologique des soirées raccourcies et de problèmes sanitaires, notamment des perturbations du rythme biologique.

On l'a vu, l'instauration de l'heure d'été ne génère plus vraiment d'économies d'énergie substantielles. Problème, ce n'est pas celle-ci que les Européens veulent voir supprimer, mais l'heure d'hiver. Ainsi, il fera nuit plus tard l'hiver, ce qui va réduire la durée d'éclairage le soir et donc générer davantage d'économies d'énergie. Problème, un rapport du sénat expliquait que celles-ci devraient être largement compensées du fait que le jour se lèvera beaucoup plus tard en hiver: entre 9h00 et 10h00, allongeant la durée d'éclairage. Mais cette estimation date du milieu des années 1990 et mériterait une actualisation.

J.-C.C.