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La réforme du travail de nuit va "affaiblir les commerçants en centre-ville", juge Alain Griset (U2P)

Invité sur BFM Business, le président de l'U2P est revenu sur les difficultés et les conséquences néfastes que générerait la mise en place effective d'ouvertures tardives de commerces alimentaires. Notamment pour les artisans commerçants.

Il n'y a pas que les syndicats de salariés qui voient d'un mauvais oeil le décalage des horaires de nuit. Ce mercredi, le gouvernement présente un projet de loi permettant de réformer par ordonnance le travail de nuit dans les commerces alimentaires. Cette mesure avait initialement été inscrite dans le projet de loi Pacte (relatif à la croissance et la transformation des entreprises) avant d'être retoquée par le Conseil constitutionnel pour des questions de forme. Les modalités exactes de ce texte, porté par la ministre du Travail Muriel Pénicaud, ne seront toutefois connues qu'après une concertation de 6 mois. 

Si du côté de la grande distribution, il s'agit de donner un cadre juridique plus solide à une pratique qui existait déjà dans les grands centres-villes, l'Union des entreprises de proximité (U2P) - qui représente à ce jour 2,8 millions de TPE-PME dans les secteurs de l’artisanat, du commerce de proximité et des professions libérales, soit les deux tiers des entreprises françaises - est vend debout contre cette réforme.

Une solution "inacceptable"

Invité dans l'émission 12H L'Heure H sur BFM Business ce mercredi, son président, Alain Griset, estime que les modalités du travail de nuit seraient "inacceptables" pour les entreprises dont il est le porte-voix.

"Nos collègues artisans commerçants sont dans l'impossibilité d'ouvrir aussi longtemps. Déjà, ils ont des plages d'ouverture très grandes. (…) Et donc là, il faut que le gouvernement soit cohérent dans son action. Le gouvernement constate qu'il est nécessaire de revitaliser les centres-villes, de rééquilibrer les territoires. Et là, il met en place une concurrence, d'abord qui n'est pas loyale puisque certains pourront le faire et d'autres pas. Et en plus il va affaiblir nos collègues artisans commerçants dans les centres-villes et donc naturellement pour nous c'est totalement inacceptable d'envisager cette solution", assure-t-il.

Et de poursuivre: "On ne peut pas à la fois vouloir revitaliser les centres-villes et favoriser la grande-distribution qui est en particulier en périphérie. Donc là il faut une position très claire qui permet à chacun de travailler dans des conditions équilibrées, d'équité de traitement. Ce qui n'empêche pas les consommateurs d'avoir globalement chez nos collègues une prestation suffisamment ample pour être servis", assure le président de l'U2P.

Négocier pour mieux contester

En principe, les modalités précises de ce projet de loi ne devraient être connues qu'à l'issue d'une période de concertation de 6 mois voulue par le gouvernement. Un décalage qu'Alain Griset salue.

"Le fait que l'on rentre dans une négociation, tant mieux, on y participera. Mais avec la ferme intention de mettre en avant nos arguments de façon à ce qu'au bout du compte, ce projet, tel qu'il était prévu, ne voit pas le jour", prévient le président de l'U2P.

J.C-H