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L'Autorité de la concurrence veut baisser les prix des prothèses audio

Pour faire baisser le prix des prothèses auditives en France, souvent dissuasif, l'Autorité de la concurrence a formulé deux mesures radicales

Pour faire baisser le prix des prothèses auditives en France, souvent dissuasif, l'Autorité de la concurrence a formulé deux mesures radicales - Wikimedia Commons

L'Autorité veut stimuler la concurrence sur les prothèses audio en séparant l'achat de l'appareil, des prestations de suivi postérieures. Cette mesure pourrait réduire de 500 euros le coût d'acquisition initial de l'appareillage.

Le marché français des audioprothèses est réputé peu compétitif avec pour enjeu sous-jacent un sous-équipement chronique des mal-entendants. Ils seraient un million à renoncer à s'équiper pour raisons financières. "Le prix d'une audioprothèse est élevé: 1.500 euros en moyenne par oreille" explique le gendarme de la concurrence, qui souligne que l'appareillage du million de patients non équipés est un enjeu de santé publique. 

Comme elle en a la capacité, l'Autorité de la concurrence a procédé à une analyse sectorielle de marché qui aboutit aujourd'hui à plusieurs recommandations propres à dynamiser l'offre en faisant baisser les prix. Quitte à se mettre à dos les audioprothésistes, elle suggère plusieurs mesures radicales, à commencer par la dissociation de l'achat de l'appareillage des prestations de suivi.

Une réduction de 500 euros attendue de cette mesure

"Le patient règle la délivrance de l'appareil et l'ensemble du suivi et des contrôles d'efficacité qui seront réalisés par l'audioprothésiste pendant la durée de vie de l'appareil, soit 5 à 6 années en moyenne" explique l'Autorité.

Plusieurs inconvénients résultent de cette offre "intégrée". D'abord, elle rend difficile la comparaison des prix entre audioprothésistes et peut conduire à des ventilations artificielles entre appareil et prestations. L'Autorité a relevé des prix montrant que la part de l'appareil variait en fonction des distributeurs: elle représente ainsi de 46,6% à 75,2% du prix de vente TTC. 

Par ailleurs, le prix forfaitaire est "calculé sur la base d'une estimation du temps moyen que l'audioprothésiste va consacrer à ses patients, chacun ayant en réalité des besoins spécifiques", ce qui, pour l'Autorité, conduit 35 à 40% des patients à payer plus cher qu'ils ne devraient.

Cette mesure découplant la vente de l'appareil des prestations d'adaptation à l'ouïe du patient, pourrait réduire de 500 euros le coût initial pour s'équiper, le patient ne devant payer que le prix de l'appareil et les seules prestations de suivi liées à la première année d'utilisation.

Cette dissociation ne pourra toutefois pas se faire sans modifier au préalable les modalités de remboursement de l'assurance-maladie, qui lient toujours la vente de l'appareil et les prestations.

L'autre mesure préconisée consiste à multiplier le nombre d'audioprothésistes diplômés. Ce qui revient à supprimer le numerus clausus fixé par les pouvoirs publics pour les étudiants de cette spécialité. Leur nombre a été figé à 199 en 2015/2016 et à 200 en 2016/2017. 

Le syndicat des audioprothésistes est vent debout contre ces mesures

En augmentant les diplômés, ce qui diminuerait leur rareté, l'Autorité espère juguler l'inflation des salaires de la profession puisque la main d'oeuvre représente actuellement 30% du prix de chaque audioprothèse. À défaut d'une suppression du numerus clausus, l'Autorité propose "de réviser ce chiffre à la hausse chaque année en fonction de la progression de la demande".

Ces propositions, qui n'ont pas valeur de loi, devraient réjouir les enseignes d'optique comme Afflelou, qui veulent se diversifier dans l'appareillage auditif mais qui peinent à recruter des audioprothésistes.

Elles ont en revanche scandalisé l'Unsaf, le principal syndicat des audioprothésistes. L'Unsaf a dénoncé "une approche purement consumériste et une volonté de privatisation du système de santé". "L'Autorité n'a pas voulu reconnaître l'audioprothèse pour ce qu'elle est, à savoir un dispositif médical à fort service médical rendu" en conclut le syndicat.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco