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UFC-Que Choisir fustige le marché "verrouillé" des audioprothèses

Le rachat en cours d’Audika - réseau français de vente d’audioprothèses- par un fabricant illustre, pour UFC-Que Choisir, la mise sous dépendance économique de la distribution par les industriels

Le rachat en cours d’Audika - réseau français de vente d’audioprothèses- par un fabricant illustre, pour UFC-Que Choisir, la mise sous dépendance économique de la distribution par les industriels - Jean-Louis Zimmermann-Flickr CC

Le prix trop élevé des prothèses audio empêcherait 2,1 millions de malentendants de s'équiper. La pénurie "organisée" d'audioprothésistes créerait une rente de situation, générant des marges brutes moyennes de 78% !

Après avoir dénoncé les marges exorbitantes des opticiens, l'UFC-Que Choisir a, dans son collimateur, le prix trop élevé des prothèses audio.

"Avec un prix moyen de 1.550 euros par appareil, soit 3.100 euros dans le cas très majoritaire d’un équipement des deux oreilles, les audioprothèses sont très peu remboursées par l’Assurance maladie" estime l'association de consommateurs qui avance le chiffre choc de 2,1 millions de malentendants français ne s’équipant pas en raison de ce coût trop élevé.

Même si les mutuelles participent un peu à la dépense, le restant à charge s'élèverait en moyenne à 1.100 euros par oreille et par patient.

Pour UFC-Que Choisir, les coupables de ces prix excessifs sont à chercher du côté des audioprothésistes, profession qui a le monopole de la distribution des audioprothèses.

Une marge nette entre 15 et 18%, bien supérieure à celle des opticiens

Selon ses calculs, "ils revendent les prothèses audio environ 4,5 fois leur prix d’achat (327 euros), réalisant une marge brute moyenne de 78%. Une fois les divers frais et salaires déduits, la marge nette demeurerait très confortable : entre 15% et 18% contre 10% dans le déjà rentable secteur de l’optique."

Pour l'association de consommateurs, ces prix anormalement élevés sont la résultante d'une rente de situation liée au malthusianisme de la profession. Les audioprothésistes étaient 3.091, pour des besoins estimés par l'étude à 7150 professionnels.

Leur nombre est régulé par un numerus clausus qui a été fixé à 199 étudiants en 2015. "Le lobby des audioprothésistes, syndicats, collège national de l'audioprothèse, fait pression sur les pouvoirs publics pour un statu quo bien lucratif" dénonce l'UFC-Que Choisir.

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- © UFC-Que Choisir

Cette pénurie "organisée" entretiendrait l'inflation des salaires chez ces diplômés. Ils sont en position d’obtenir des salaires deux à trois fois plus élevés que les professions de santé comparables (infirmières ou kinésithérapeutes, à niveau de formation équivalent) : à savoir 4.000 à 5.000 euros brut mensuel pour un débutant et 6.000 à 7.000 euros pour un diplômé confirmé.

Résultat : plus du tiers du prix (534 euros, soit plus de 1050 euros pour l’équipement des deux oreilles) revient en salaire à l’audioprothésiste.

Pour enrayer la pénurie d'audioprothésistes, l'association demande publiquement aux ministères de la Santé et de l'Education, un relèvement du numerus clausus.

Le syndicat des audioprothésistes juge l'étude biaisée

Le syndicat national des audioprothésistes Unsaf, qui juge cette étude "biaisée", avec des "données incomplètes ou erronées", suggère plutôt d'"améliorer le remboursement des appareils auditifs, dont les tarifs pour adultes n'ont pas été revus depuis 1986".

Enfin, évoquant la rachat en cours d'Audika, réseau de vente numéro un en France dans l'audioprothèse, par un fabricant (l'industriel danois Willian Demant), l'association évoque le risque de mise en avant des produits de la marque propriétaire, au détriment d'autres marques.

"Dans ces conditions, les consommateurs peuvent-ils être sûrs que les produits recommandés sont les plus adaptés à leur audition, et garants du meilleur rapport qualité-prix ?" s'interroge l'UFC-Que Choisir.

Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco