BFM Business

"Évidemment, il y aura une légère hausse des prix en supermarché" explique le PDG de Système U

VIDÉO - Le PDG de Système U, Serge Papin, a expliqué sur BFMTV et RMC ce vendredi ce qu'allaient changer les nouvelles règles décidées dans le cadre des états généraux de l'alimentation qui se sont achevés hier.

Au lendemain de la clôture des états généraux de l'alimentation, Serge Papin a expliqué ce que le projet de loi issu de cette vaste concertation entre distributeurs, transformateurs, producteurs et pouvoirs publics allait changer pour la filière et les consommateurs.

Une des mesures de la loi, qui sera adoptée par ordonnance au premier trimestre 2018, consiste à garantir un certain prix d'achat par le distributeur au producteur. "Sur le prix du litre de lait, on pourrait imaginer qu'il soit payé entre 35 et 37 centimes à l'éleveur", souligne le PDG de Système U sur BFMTV - RMC.

8 centimes de marge sur le Nutella, 80 sur les pommes

Deuxième dispositif: le seuil de revente à perte fixé à 10%. Concrètement, "c'est arrêter cette règle infernale qui fait que les produits les plus connus, ceux de la publicité et du marketing, sont vendus par les distributeurs à prix coûtant, et donc, par compensation, on va chercher les marges ailleurs et notamment sur les produits agricoles".

Aujourd'hui, sur un pot de Nutella de 400 grammes vendu 2,40 euros, la marge du distributeur est de 8 centimes. Un kilo de pommes, qui coûte également 2,40 euros, rapporte 10 fois plus au distributeur qui prend 80 centimes de marge. "C'est le coco de Saint-Paul qui finance le Coca d'Atlanta, vous trouvez ça normal?".

Troisième mesure phare: l'encadrement des promotions. "On ne pourra plus excéder un tiers du prix du produit. En gros, j'en achète un, le troisième est gratuit", précise Serge Papin.

"Au pire, 3 centimes de plus sur un steak"

Est-ce que cela veut dire que les prix vont augmenter en grande distribution dans les semaines qui viennent? "Évidemment, il y aura une légère hausse, mais pas certaine", indique Serge Papin. Selon lui, la hausse représentera "au pire, 3 centimes de plus sur un steak de bœuf de 250 grammes. Est-ce que ça ne vaut pas le coup pour avoir un produit de qualité?".

Une position qui diverge donc de celle du ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, qui déclarait ce matin sur RTL que ces mesures n'augmenteraient pas les prix pour les consommateurs. "Il n'y a pas de raison que le consommateur demain doive payer plus cher", et "il n'y a pas de raison" que le pack de lait soit vendu plus cher au consommateur, a-t-il assuré.

En parallèle des états généraux, les négociations commerciales commencent entre producteurs et distributeurs. Leclerc et Carrefour mettent une pression terrible sur les agriculteurs, déplorait Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, un peu plus tôt cette semaine. Un bras de fer sur les prix pourtant proscrit dans la charte de bonne conduite que viennent de signer les acteurs du secteur.

Un marchandage excessif

"Il y a un marchandage actuellement, que je déplore, où les distributeurs sont complètement excessifs dans la demande de baisse de prix, et où les transformateurs le sont aussi dans la demande de hausse de prix", admet Serge Papin. Mais "il va y avoir un respect des engagements pris dans la charte, j'en suis certain".

Le futur de la grande distribution passera par ailleurs par un rapprochement avec les acteurs du e-commerce. Serge Papin révèle ainsi que Système U "discute avec Amazon, comme les autres. Ils veulent par exemple ouvrir des casiers dans les magasins, pour avoir des points de chute pour livrer des produits, ce qui apporterait aussi du trafic en magasin". Sans confirmer formellement que le deal est fait, Serge Papin affirme que "l'avenir est au partenariat".

N.G.