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En plein essor à l'étranger, le vin en canette peut-il séduire les consommateurs français?

Winestar conditionne du vin en canette

Winestar conditionne du vin en canette - Winestar

Si les ventes de vin en canette progressent d’année en année à l’étranger, les consommateurs français restent frileux à l’idée d’abandonner le bouchon.

Les puristes attachés à la bouteille et au bouchon en liège auront sans doute du mal à dissimuler leur scepticisme. Et pourtant, le marché du vin en canette ne cesse de croître à travers le monde. Aux Etats-Unis, les ventes de canned wine ont frôlé les 80 millions de dollars sur la période mi-2018/mi-2019. Une jolie progression de 70% sur un an pour un produit qui se décline aujourd’hui autour de centaines de références, sept ans après avoir débarqué outre-Atlantique.

Royaume-Uni, Canada, Japon… Depuis quelques années, le vin en canette monte en puissance dans la plupart des grandes économies mondiales. Mais deux pays résistent encore et toujours à ce mode de conditionnement: l’Italie et la France. Ce qui n’a pas empêché Cédric Segal d’en faire sa spécialité à travers la création en 2012 de la start-up Winestar, basée à Malakoff (Hauts-de-Seine):

"C’est un concept que j’ai découvert au Japon il y a quelques années et qui m’avait paru un peu saugrenu à l’époque", reconnait-il, avant d’expliquer avoir saisi le potentiel de ce marché: "C’étaient des vins australiens qui étaient vendus au Japon. Si les vins australiens arrivent à se vendre en canette, il n’y avait pas de raison pour que cela ne marche pas avec les vins français".

"Les producteurs viennent vers nous"

Aujourd’hui, Winestar réalise jusqu’à 90% de son activité à l’export. "Au niveau mondial, c’est un marché en très forte croissance", se réjouit Cédric Segal. Convaincre les producteurs français de mettre leur vin en canette n’était pourtant pas une mince affaire il y a encore quelques années, mais les idées parfois préconçues de certains d’entre eux sur ce nouveau mode de consommation ont évolué au fil du temps: "Au début, on était pris pour des Ovnis. Désormais, ce sont eux qui viennent vers nous parce que leurs exportateurs leur demandent ce format", affirme le patron de Winestar.

Si certains producteurs ont fini par adopter la canette, les consommateurs français, eux, ne sont visiblement pas prêts. "C’est un concept très compliqué à lancer en France parce qu’on est encore attaché au bouchon en liège et à la bouteille verre. Ça n’a jamais vraiment percé", reconnaît Cédric Segal.

L’emballage en métal n'est pourtant pas dénué d'intérêt. D’abord, il est 100% recyclable, ce qui, à l’heure où les problématiques environnementales sont au cœur du débat public, représente un atout non négligeable. Autre avantage: le format de la canette est idéal pour les personnes vivant seules qui souhaitent boire du vin sans avoir à ouvrir une bouteille.

Vins de soif

Les connaisseurs assurent par ailleurs que la canette n’altère pas le goût du vin: "C’est complètement maîtrisé", souligne Isabelle Chéty, vigneronne propriétaire du Château Mercier, même si ce conditionnement n’est bien entendu pas adapté à tout type de vin: "On ne parle pas de vieillissement. Il n’y a pas l’effet bouchon. On est sur des vins à boire d’ici deux ans maximum", ajoute-t-elle.

Vice-président du Syndicat des cavistes professionnels et caviste indépendant dans l’Essonne, Hervé Gomas partage le même constat: "La canette disqualifie une partie des vins. (…) On est plutôt sur de ‘vins de soif’, comme un rosé qu’on ne cherche pas à faire vieillir". Il serait malgré tout malhonnête d’en déduire que la canette n’est réservée qu’à la "piquette". Winestar propose plusieurs gammes avec des vins AOC (Bordeaux, Corbières…) de qualité. L’entreprise vient également de lancer une gamme de vins sans sulfites ajoutés en partenariat avec le vigneron Jean-Pierre Robinot, spécialiste des vins naturels.

Et rien n’est laissé au hasard lors du conditionnement: "On regarde les caractéristiques du vin, on a un process très respectueux du vin. (…) Et dans toutes les canettes, il y a un revêtement conçu spécifiquement pour le vin qui isole du métal", précise Cédric Segal.

"Les Français aiment la tradition"

Mais la France n’est visiblement pas prête culturellement à transiger avec le vin. "Ce sera le dernier marché à bien fonctionner. Mais je n’attends pas après le succès de la canette en France. On est sur un marché très traditionnel, c’est un peu comme l’Italie", analyse Cédric Segal.

Pour Isabelle Chéty qui mise davantage sur la percée du vin "en vrac", "on a encore 20 ans avant que le vin en canette se développe" en France. Selon elle, "les Français, même jeunes, aiment la tradition".

"Le vin, c’est beaucoup de culture et d’imaginaire et la cannette n’apporte pas cela (…) Je trouve qu’il manque une dimension qu’on a grâce à la bouteille, l’émotion d’enlever le bouchon…", poursuit Hervé Gomas.

Avant de rappeler que l’Hexagone n’a toujours "pas digéré le bouchon à vis, alors qu’il marche très bien dans un certain nombre de pays". "La France est l’un des rares pays ou le bouchon à vis et la canette ne fonctionnent pas parce que cela enlève le côté ‘noble’ du vin", abonde-t-on également du côté du Syndicat des Vignerons Indépendants.

Cela ne veut pas nécessairement dire que les canettes de vin ne fleuriront pas à l’avenir dans les rayons de supermarchés mais cela restera sans doute, selon les experts, un marché "de niche" ciblant essentiellement un public jeune avec des vins d’entrée de gamme, hors du réseau traditionnel. Cédric Segal rappelle d’ailleurs que les ventes de canette "se cumulent aux ventes de vin en bouteille mais ne les remplacent pas".

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco