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Coronavirus: est-ce une bonne idée de réserver un séjour dans un hôtel en juin?

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Avec les vacances de Pâques et le début du déconfinement annoncé pour le 11 mai, les hôteliers espèrent que les Français vont commencer à préparer leurs vacances d’été.

En plein marasme des vacances de Pâques confinées, ne faut-il pas déjà prévoir les prochaines vacances pour se remonter le moral? C’est ce qu’appelle de ses voeux Sébastien Bazin. Ce jeudi, sur France Inter, le PDG du groupe Accor, le premier groupe hôtelier européen, espérait voir les Français réserver rapidement leur séjour d’été.

"J’espère que [la date annoncée pour la reprise normale des activités, ndlr] ne sera pas la mi-juillet, a demandé Sébastien Bazin. J’espère que nous pourrons rouvrir les réservations pour la saison d’été à partir du 1er juin. Même si la date n’est pas confirmée par le gouvernement, qu’on prenne des réservations".

Face à cette incertitude quant à la date comme aux modalités du déconfinement, le PDG d’Accor se montre rassurant. "Si des arrhes sont payées, si ce n’est pas le 1er mais le 30 juin, on remboursera les arrhes pour ceux qui ont réservé entre le 1er et le 30 juin, poursuit-il. Ce n’est pas dramatique, mais il est grand temps de se projeter en avant".

Les hôtels théoriquement toujours ouverts

Théoriquement, Sébastien Bazin ne prend pas de risques. Les hôtels sont en effet toujours autorisés à ouvrir.

"Contrairement aux salles de spectacle, aux restaurants, et à l’exception d’établissements dans des zones touristiques, comme les Alpes-Maritimes ou le Var, les hôtels ne sont pas fermés administrativement, nous explique Laurent Duc, président hôtellerie de l’UMIH (Union des Métiers et Industries de l’Hôtellerie). Cette date en discussion, est celle où nos établissements pourront fonctionner de nouveau à peu près normalement".

Si de nombreux hôtels sont aujourd’hui fermés en France, c’est avant tout car ni la clientèle professionnelle, ni les particuliers dans leur grande majorité, ne sont autorisés à se déplacer du fait du confinement. Le groupe Accor ne compte ainsi que 380 établissements ouverts sur les 1600 qu’il exploite en France. Ces hôtels accueillent en grande majorité des soignants, des personnels mobilisés face à l’épidémie et des personnes fragiles comme des SDF.

Quelles mesures de sécurité sanitaire post-confinement?

Il faudra attendre une quinzaine de jours, et le plan de déconfinement proposé par le gouvernement, pour valider ou pas la date du 1er juin. Comme de nombreuses autres professions, les hôteliers travaillent sur les modalités pour gérer accueil des clients et distanciation sociale. "Nous compilons actuellement l’ensemble des suggestions des organismes professionnels pour ensuite les présenter au secrétaire d’Etat au Tourisme Jean-Baptiste Lemoine", nous explique Christophe Marchais, directeur adjoint du syndicat ADN Tourisme.

Des discussions sont aussi en cours avec des médecins. Accor a par exemple annoncé ce vendredi la mise en place d’un label qui regroupera les règles sanitaires à envisager, des règles établies avec Bureau Veritas, que le groupe partagera avec le ministère et les autres professionnels de l’hôtellerie.

"Nous devrons nous adapter en permanence en suivant les informations, les évolutions du virus sur le territoire. Nos clients vont vouloir bouger en étant rassurés, poursuit Christophe Marchais. Le tourisme est une activité de partage et de rencontre".

Des conditions de réservation assouplies pour l'été

Sur de nombreux sites de voyagistes ou d’hôtels, il est ainsi possible de réserver pour le mois de juin en France. Souvent, les politiques d’annulation apparaissent plus souples, le versement d’arrhes pas systématiques, et des assurances annulation avec remboursement intégral la veille du séjour sont proposées.

Pour l’UFC-Que-Choisir, l’ordonnance du 22 mars régissant les conditions d’annulation et de remboursement dans le secteur du tourisme face à l’épidémie du coronavirus sécurise aussi les réservations pour les grandes vacances. Cette ordonnance précise que si le client ne peut pas partir entre le 1er mars et le 15 septembre à cause de l’épidémie de covid19, un bon d’achat pour un séjour valable 18 mois lui sera proposé. A l’issue de ses 18 mois, s’il n’a pu partir, il pourra alors demander à être remboursé. Cette ordonnance vaut aussi bien pour les séjours que les billets d’avion ou les réservations dans les hôtels et les campings.

"Le but de cette ordonnance est de couvrir le risque lié à cette épidémie en visant la date d’annulation, nous explique Raphaël Bartlomé, responsable du service juridique de l’UFC-Que-choisir. Elle a d’ailleurs été négociée jusqu’au 15 septembre justement en espérant qu’à cette date, nous serons sortis de cette situation incertaine, et couvrir ainsi un risque assez long".

Le groupe Accor nous indique lui qu’il communiquera dans les prochains jours sur les détails de son offre de réservation et les possibles modalités de remboursement.

Patienter encore un peu

Les professionnels du tourisme et les hôteliers comptent en effet beaucoup sur les Français pour remplir leurs réservations estivales. Avec la limitation des vols et la fermeture des frontières européennes, les touristes étrangers risquent en effet de ne pas être très nombreux cet été en France. Or ils représentent habituellement environ la moitié des réservations. L'UFC-Que-Choisir recommande cependant de patienter avant de réserver son séjour en juin ou juillet.

"Il vaut mieux attendre encore un peu, car beaucoup d’incertitudes demeurent: quelles seront les modalités du déconfinement, quelles structures pourront rouvrir et à quelles dates. Un séjour de vacances représente souvent une forte somme et s’il ne peut se faire, cela peut être très décevant, souligne Raphaël Bartlomé. On peut se projeter sur les sites internet, imaginer, mais peut-être attendre encore pour cliquer et finaliser son projet de vacances".
Pauline Ducamp