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Carrefour chute dans le classement mondial des distributeurs

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Longtemps numéro 2 mondial du secteur, Carrefour recule depuis quelques années. Le géant français vient même de passer au 6ème rang dans le classement établi par le cabinet Deloitte. Mais cette chute n'est pas forcément synonyme de contre-performance.

C'était un peu la fierté française. Avec Carrefour, le pays s'est longtemps enorgueillit d'avoir un champion mondial de la grande distribution. Comme L'Oréal dans les cosmétiques, LVMH dans le luxe ou encore Axa dans l'assurance, Carrefour était depuis sa fusion géante avec Promodès en 1999 le numéro 2 mondial de la grande distribution en terme de chiffre d'affaires. Certes, à des années lumière du leader américain Wal-Mart, près de 5 fois plus gros, mais loin devant ses poursuivants britanniques, américains et allemands. 

Ce n'est plus clairement le cas depuis quelques années. Dans le classement annuel des plus grands groupes de distribution de Deloitte, Carrefour perd régulièrement du terrain. Le géant français est sorti du podium en 2014, dépassé par le britannique Tesco et l'américain Costco. Il vient même de tomber à la 6ème place dans la dernière mouture de ce classement que s'est procuré le magazine LSA.

Malgré ses 98 milliards de dollars de chiffre d'affaires réalisé en 2014 (le classement porte sur les résultats de l'année précédente), Carrefour est désormais distancé par de nouvelles sociétés comme The Kroger (des supermarchés américains) et l'allemand Schwarz connu pour son enseigne Lidl. Et les poursuivants (les allemands Aldi et Metro) ne sont plus très loin. Le français est le seul avec Metro dans ce top 10 à avoir vu son chiffre d'affaire reculer entre 2009 et 2014 (-2,8%).

En France, Leclerc fait plus fort

Comment peut-on expliquer une telle contre-performance? Il y a évidemment un effet crise. Bien que fortement présent à l'international, Carrefour réalise toujours 47% de son chiffre d'affaires dans l'Hexagone. Et si la consommation s'est plutôt bien tenu en France durant cette période, elle a progressé bien plus modérément qu'en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis par exemple. Et par ailleurs en France, sur son propre marché, les hypermarchés Carrefour ne sont plus leader. L'enseigne a été dépassée par E.Leclerc qui lui taille des croupières depuis quelques années. Même si le groupe Carrefour (qui comprend aussi Market et Dia) reste devant l'enseigne bretonne.

Moins fort à domicile mais aussi moins présent à l'international. Sous la pression de ses actionnaires (dont Bernard Arnault), Carrefour a réduit la voilure pour privilégier la rentabilité. L'enseigne a ainsi jeté l'éponge entre 2012 et 2014 en Colombie, en Malaisie, en Indonésie et en Inde. Des marchés difficiles pour les groupes internationaux bien que très prometteurs.

Mais Carrefour revient à la charge

Carrefour va-t-il continuer à chuter dans le Top 10 mondial du secteur? Ce n'est pas sûr. D'une part, parce que ce classement ne reflète qu'une réalité partielle. Les chiffres d'affaires sont en effet libellés en dollars. Ce qui ne pose pas de problème pour les groupes américains mais qui peut désavantager des groupes comme Carrefour très présents à l'international notamment en Amérique du sud. Or le taux de change entre le dollar et les monnaies sud américaines est défavorable à ces dernières. Autrement dit si ce classement était exprimé en euro, Carrefour serait certainement plus haut.

Et d'autre part parce que Carrefour, après un début de décennie difficile, s'est bien relancé depuis deux ans. Le groupe a redressé la barre en France en enregistrant des gains de part de marché et vient de racheter le site Rueducommerce pour muscler ses ventes en ligne où il accuse du retard face à Casino et CDiscount. Enfin à l'étranger, à l'exception de l'Asie, Carrefour progresse et investit dans de nouveaux magasins. Résultat en 2015, le chiffre d'affaires (communiqué en mars) devrait progresser de 3%.

Précision: A la suite de la parution de cet article, Carrefour nous a informé que le chiffre d'affaires utilisé pour le classement ne tient pas compte des activités du groupe dans les pays où il opère via des partenaires franchisés (Moyen-Orient, Asie, Afrique du Nord etc) Au total, le "chiffre d'affaires sous enseignes" du groupe (incluant ces pays franchisés) s'élèverait donc à 100,5 milliards d'euros pour 2014 soit 121 milliards de dollars.

Amazon plus loin du top 10

Un e-commerçant dans les 10 plus gros retailers du monde. Amazon y est presque. Dans le classement Deloitte, le site de e-commerce se classe 12ème. Mais avec une progression annuelle de 20% en 2015, Amazon va faire une percée fulgurante dans le prochain classement. Pour la première fois, un site de e-commerce entrera dans le club des géants mondiaux du commerce. Jeff Bezos n'a d'ailleurs jamais caché que son objectif était un jour de rattraper le géant Wal-Mart. Il y est encore loin et aura du mal pour ça à se passer de magasin pour vendre des produits alimentaires.

Frédéric Bianchi