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Amazon France plébiscite "le dialogue social" et rouvre ses entrepôts

Le géant de l’e-commerce, dont les entrepôts français sont fermés depuis un mois, a finalement trouvé un accord avec ses syndicats pour rouvrir ses six sites français ce 19 mai. Frédéric Duval, patron d’Amazon France, affirme justement ce mardi sur BFMTV que "le dialogue social a toujours existé chez Amazon".

Amazon a finalement conclu un accord avec ses partenaires sociaux pour rouvrir en toute sécurité et progressivement ses six entrepôts en France, fermés depuis le 16 avril en plein épidémie de coronavirus à la suite de deux décisions de justice, une amorce de dialogue social dont se félicitent vendredi les syndicats.

"Les organisations syndicales CFDT, CGT, FO et SUD et la direction d'Amazon viennent de s'accorder sur les conditions de reprise de l'activité des six entrepôts implantés sur notre territoire, à partir du 19 mai", ont annoncé triomphalement les syndicats, avant même que l'entreprise ait communiqué.

Amazon a confirmé pour sa part finaliser "actuellement des discussions avec les représentants du personnel et les Comités sociaux et économiques de l'entreprise des sites" en vue d'une "réouverture progressive des centres de distribution à partir du 19 mai". Et ce mardi, le dirigeant de la filiale française du groupe a estimé qu'Amazon n'avait pas attendu la justice pour nouer des discussions avec les syndicats:

"Le dialogue social a toujours existé chez Amazon, et d’ailleurs depuis le début de cette pandémie, nous avons évalué les risques, nous avons informé les instances sociales, nous avons fait plus de 22 réunions. Le dialogue social, c’est quelque chose qui est très important pour nous", a assuré Frédéric Duval sur BFMTV. 

100% des effectifs au 3 juin

Les six entrepôts d'Amazon en France sont fermés depuis le 16 avril, après deux jugements enjoignant à l'entreprise de procéder à une évaluation des risques liés au coronavirus avec les représentants du personnel.

La justice pointait des manquements de sécurité, notamment dans les vestiaires ou aux portiques d'entrée et surtout demandait à Amazon de consulter les représentants du personnel et non d'imposer unilatéralement des mesures.

"La reprise sera progressive. Elle se fera sur le principe du volontariat, avec des mesures incitatives", ont fait savoir les syndicats et le groupe. "Concrètement, les salariés retournent au travail dès ce lundi pour être formés aux gestes sanitaires", explique le porte-parole du syndicat Sud à BFM Eco. "Ensuite, à partir de mardi et jusqu'au 25 mai, seul 50% des salariés seront sur site, puis 80% entre le 25 mai et le 2 juin, et enfin 100% au 3 juin", continue-t-il. 

Laurent Degousée de Sud Commerce, premier syndicat chez Amazon, a salué vendredi une "deuxième victoire pour les 11.000 salariés après la victoire des deux jugements, en première instance et en appel, qui ont permis de les mettre à l'abri du virus".

Deux victoires en justice des salariés

La Cour d'appel de Versailles avait confirmé le 24 avril l'ordonnance du 14 avril qui imposait à Amazon de procéder à une évaluation des risques professionnels liés à l'épidémie de Covid-19, et lui demandait en attendant à se limiter à des produits essentiels (informatique, santé, nutrition, épicerie ...) sous astreinte de 100.000 euros par infraction.

Le géant du commerce en ligne, jugeant impossible de se plier à cette contrainte sans risquer d'infraction, avait préféré fermer ses entrepôts, tout en poursuivant les livraisons depuis ses plateformes à l'étranger et certains sites français non concernés par l'injonction.

Les salariés des entrepôts restaient payés à 100% par l'entreprise, le gouvernement français ayant refusé de les prendre en charge au titre du chômage partiel car la situation ne résultait pas selon lui de la crise du Covid-19, mais d'une injonction de justice.

Dès lors, une sorte de bras de fer semblait engagé entre Amazon, le gouvernement français et les syndicats, dont l'accord intervenu vendredi marque la sortie. "C'est le bout du tunnel, j'avoue que je n'y croyais pas", a réagi Laurent Degousée de Sud-Commerce, à l'origine des plaintes devant la justice.

Utilité du dialogue social

Pour la CFDT, "la reprise d'activité dans les conditions demandées par les organisations syndicales marque la reconnaissance par Amazon de la légitimité des représentants du personnel. Elle lui démontre l'utilité du dialogue social pour l'efficacité économique en sécurité".

Dans une allusion à la réticence légendaire du géant du commerce en ligne à négocier avec les syndicats, la CFDT estime même que "l'évolution positive de cette négociation est une étape importante dans l'acculturation de cette entreprise à notre pays, à ses règles, et aux exigences de la CFDT pour un monde du travail vivable et digne."

Reste à transformer l'essai: il aura fallu deux décisions de justice et la fermeté du gouvernement pour amener Amazon à s'entendre avec les organisations syndicales.

Pour la CFDT, "cet accord ne doit pas être l'exception d'une crise mais l'amorce d'un dialogue social durable et loyal".

Nina Godart avec AFP