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Comment les surplus de vin sont distillés pour fabriquer du gel hydroalcoolique

Les viticulteurs français ont pu commencer de distiller depuis le vendredi 5 juin quelque 2 millions d'hectolitres de vin non vendu en raison de la baisse de consommation durant le confinement, afin de fabriquer du bioéthanol ou du gel hydroalcoolique.

Les viticulteurs français ont pu commencer de distiller depuis le vendredi 5 juin quelque 2 millions d'hectolitres de vin non vendu en raison de la baisse de consommation durant le confinement, afin de fabriquer du bioéthanol ou du gel hydroalcoolique. - georges Gobet-AFP

Les viticulteurs français peuvent commencer de distiller quelque 2 millions d'hectolitres de vin non vendu en raison de la baisse de consommation durant le confinement, afin de fabriquer du bioéthanol ou du gel hydroalcoolique. Les besoins en distillation sont évalués à 3 millions d'hectolitres.

Déjà en berne la consommation d'alcool et de vin en France a subi de plein fouet la période de confinement. Alors que les ventes de produits de grande consommation ont fait un bond de 8,9% en grande distribution sur les huit semaines du confinement (source IRI), les ventes du rayon "liquide" ont baissé de 3% par rapport à la même période de 2019, selon les statistiques présentées par FranceAgriMer, organisme qui gère les marchés agricole.

À telle enseigne que les surplus de vin invendu s'amoncellent. C'est pourquoi depuis le vendredi 5 juin, "les 33 distillateurs agréés en France peuvent collecter du vin et distiller", explique Didier Josso, le délégué de la filière vins de l'organisme semi-public FranceAgriMer. La mesure exceptionnelle, permise par Bruxelles et financée sur fonds publics européens, doit s'étendre jusqu'au 15 octobre. Il s'agit en particulier de libérer de la place dans les caves avant les prochaines vendanges.

Une crise historique due au confinement

Confrontés à une crise historique due à la chute de la consommation durant le confinement et à la baisse des exportations notamment vers les Etats-Unis, les professionnels ont estimé les besoins en distillation à trois millions d'hectolitres.

Les fonds débloqués devraient permettre de traiter deux millions d'hectolitres, à raison de 78 euros d'indemnisation pour un hectolitre de vin sous appellation et 58 euros/hl pour un vin sans indication géographique.

Chaque viticulteur a jusqu'à 19 juin pour souscrire le volume à distiller

Chaque viticulteur qui le souhaite a jusqu'au 19 juin pour souscrire le volume qu'il souhaite distiller auprès de son distillateur local, a précisé le délégué de la filière vins de FranceAgriMer, organisme qui indemnisera les distillateurs qui seront chargés de répercuter les aides sur les producteurs. 

Tous les vins de tous les bassins sont potentiellement éligibles, à l'exception des vins sans indication géographique de Bourgogne, Beaujolais, Alsace, Savoie, Jura, Charente et Cognac, qui représentent néanmoins de faibles volumes.

Jeudi, les viticulteurs de la vallée du Rhône ont d'ores et déjà signalé qu'ils ne comptaient pas recourir aux distillations de crise.

Les viticulteurs de la vallée du Rhône sont contre la distillation

"La récolte 2019 était très qualitative, on va pas envoyer du vin à la chaudière!", s'est exclamé Philippe Pellaton, vice-président de l'organisation professionnelle Inter-Rhône lors d'une conférence de presse à Marseille.

La différence entre les 78 euros d'indemnisation proposés pour un hectolitre de vin sous appellation et des cours moyens "qui vont du simple au double" sur le marché "ne peut pas nous satisfaire", a-t-il ajouté, en se déclarant plus inquiet du gel et de la grêle que des effets de la covid sur les ventes de vin.

Les deux autres grands pays producteurs viticoles du monde, l'Espagne et l'Italie, ont aussi recours à des mesures similaires pour réguler les excédents, ainsi qu'à des "vendanges en vert", c'est-à-dire des destructions de grappes immatures sur les ceps, que la France ne subventionne pas.

De l'alcool réservé à l'industrie exclusivement

L'alcool issu de la distillation de crise est réservé est exclusivement réservé à l'industrie pour la fabrication de bioéthanol, ou pour l'industrie pharmaceutique et cosmétique notamment pour la production du gel hydroalcoolique utilisé pour freiner la transmission du coronavirus responsable de l'épidémie de Covid-19, et "en aucun cas à la fabrication de spiritueux", a précisé Didier Josso de FranceAgrimer.

"Le débouché principal étant le bioéthanol, qui lui aussi arrive sur un marché bouché" en raison notamment des déboires de la filière sucre, "il y aura aussi certainement des besoins de stockage de bioéthanol, mais les volumes seront moindres" que pour le vin, a-t-il estimé.

Outre les viticulteurs, FranceAgriMer a aussi réuni les cidriculteurs qui demandent également un plan de soutien, d'un montant global de 22 millions d'euros comportant des exonérations de charges, une communication de crise et une distillation de 200.000 hl, ainsi qu'un retrait de 100.000 tonnes de pommes à cidre du marché. "On espère un plan dans les jours qui viennent", a indiqué M. Josso.

Après la région Occitanie qui a annoncé la semaine dernière un plan de soutien de 14 millions d'euros à sa viticulture, le Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence a annoncé jeudi un plan de 1,2 million d'euros pour compenser une baisse d'activité de "l'ordre de 30%".

Frédéric Bergé avec AFP