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Comment la coquille Saint-Jacques profite d'une pêche durable et (pour le moment) du réchauffement climatique

Selon l'Ifremer, les populations de coquilles Saint-Jacques ont battu un record historique cet automne en Normandie et en Bretagne

Selon l'Ifremer, les populations de coquilles Saint-Jacques ont battu un record historique cet automne en Normandie et en Bretagne - JOEL SAGET / AFP

Les coquilles Saint-Jacques ont rarement été aussi nombreuses au large de la Normandie et de la Bretagne.

La coquille Saint-Jacques est en pleine forme. Elle a même rarement été aussi abondante sur nos côtes. Ses populations ont battu un record historique cet automne sur les deux principaux gisements français, estime la dernière évaluation de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer). La biomasse exploitable – soit les animaux atteignant la taille réglementaire pour être pêchés – a été estimée à pas moins de 64.000 tonnes pour la baie de Seine, du port de Barfleur (Manche) au cap d'Antifer (Seine-Maritime), et à 37.000 tonnes pour la baie de Saint-Brieuc, en Bretagne.

Que l'on parle des coquilles "pêchables" ou des jeunes mollusques qui pourront être capturés l'année prochaine, les populations se portent de mieux en mieux chaque année. Il faut dire que Pecten maximus (de son nom scientifique) est à son aise dans les eaux de la Manche réchauffées par le changement climatique. L'eau y a gagné près de 1°C en 15 ans. La coquille Saint-Jacques peut commencer sa reproduction plus tôt dans l'année: ces nouveau-nés précoces sont plus résistants quand l'hiver arrive, et donc plus nombreux à se reproduire l'été suivant. Une température idéale pour le mollusque – enfin, pour le moment.

Dire que le réchauffement climatique est une bonne nouvelle pour la coquille Saint-Jacques serait un raccourci rapide, rétorque Eric Foucher, biologiste à l'Ifremer. Ces dix dernières années ont en effet montré une très forte amélioration des populations de coquilles dans la Manche. Nous sommes dans ce que l'on appelle une 'fenêtre environnementale': dans l'état actuel des choses, avec des eaux un peu plus chaudes, les conditions sont idéales pour son mode de vie. Rien ne dit que la situation lui soit aussi favorable dans 20 ans, lorsque la température de l'eau aura continué à grimper".

Pas de pêche 24h/24

C'est aussi du côté des pêcheurs que l'on trouve une réponse. Les organisations professionnelles ont strictement encadré la pêche à la coquille Saint-Jacques depuis le début des années 2000 pour préserver une ressource abondamment exploitée. Il faut dire que l'espèce est fondamentale pour le nord de la France: de la frontière belge à la pointe bretonne, elle représente 60 à 80 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel, et plus de 2.000 marins en dépendent, sans compter les emplois dans les criées, la transformation, l'expédition. En Normandie, c'est un bateau de pêche côtière sur deux.

L'effort de pêche a été considérablement diminué. Pas de pêche 24h/24: on ne pêche qu'une quantité limitée de mollusques, définie à l'ouverture de la saison par les gestionnaires des pêches à partir des évaluations de l'Ifremer, et seulement quelques heures par jour, quelques jours par semaine. Les engins sont aussi plus sélectifs. La coquille Saint-Jacques, qui vit sur les fonds sableux ou vaseux entre 10 et 80 mètres de profondeur, est ramenée à la surface par des dragues – des filets métalliques en forme de poche – tirées par des petits navires coquilliers.

Ces bons chiffres sont aussi le résultat d'une gestion plus durable de la pêche. Les anneaux de dragues, par exemple, sont passés de 92 à 97 millimètres: les jeunes coquilles, trop petites pour être pêchées, peuvent maintenant s'en échapper. Ce sont autant de géniteurs potentiels pour l'année suivante. Avant, ces coquilles encore trop petites étaient rejetées à l'eau, mais la plupart du temps elles ne résistaient pas au choc thermique", confirme du côté breton Alain Coudray, président du comité des pêches maritimes des Côtes-d'Armor.

Un effet de la crise?

Faut-il aussi y voir une conséquence de la crise sanitaire? Pour le scientifique comme pour le pêcheur, il est encore trop tôt pour avancer la moindre hypothèse, la saison de pêche ayant été à peine inaugurée. "Il est vrai que l'effort de pêche a été moindre que d'habitude: aucun bateau n'est sorti pendant le confinement et le marché de la restauration est en berne. Nous avons vu davantage de vieilles coquilles cette année, lors de nos évaluations, mais il est trop tôt pour dire s'il s'agit ou non d'un effet de la crise, car la pêche repose sur plusieurs générations de coquilles", estime Eric Foucher.

La saison 2020 a été ouverte le 1er octobre dernier – sauf pour la baie de Seine, qui devra attendre quelques semaines supplémentaires – et sera clôturée à la mi-mai, lorsque commencera la reproduction du mollusque.

Jérémy Bruno Journaliste BFMTV