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"Amazon, nous on les aime bien", ces élus et ces salariés qui ont un avis différent sur le géant américain

L'entrepôt d'Amazon à Boves dans la Somme.

L'entrepôt d'Amazon à Boves dans la Somme. - Amazon

Alors que chaque implantation d'Amazon en France fait beaucoup de remous, les élus locaux qui ont accueilli des entrepôts de la firme américaine se montrent plutôt satisfaits et ne partagent pas les critiques.

Manifestations au Pont du Gard, mobilisation à Colmar, colère à Quimper, opposition d'une maire normande... Depuis quelques mois, chaque annonce ou rumeur concernant l'implantation d'un entrepôt Amazon provoque la même réaction.

Des associations comme les Amis de la Terre, mais aussi de simples particuliers inquiets ou des élus locaux se mobilisent pour empêcher l'implantation du géant américain.

Cette semaine, des opposants se sont ainsi réunis devant la préfecture du Haut-Rhin à Colmar pour faire pression sur les élus locaux qui devaient délivrer un permis de construire pour un entrepôt géant de 190.000 m² à Ensisheim. Une quinzaine d'activistes venus notamment de Strasbourg et membres d'associations comme Extinction Rebellion et Le chaudron des alternatives ont déposé des cartons devant les grilles en signe de mécontentement sur lesquels ils avaient écrit des messages au feutre: "1 emploi créé, 22 emplois détruits", "robotisation", "emplois précaires" ou encore "fraude fiscale".

Des réactions que le grand patron des entrepôts Amazon prend avec philosophie. "Ça nous pousse à être meilleur et à convaincre les gens et je suis peut-être naïf mais je pense que ça finira par payer, confit Ronan Bolé, le directeur de la logistique. On arrive avec de l'activité, des jobs payés à 25% au dessus du Smic au bout de deux ans, on forme nos salariés, on finance des reconversions pour ceux qui veulent partir... Vous savez, partout où on s'est installé, les gens et les élus locaux sont contents."

Evidemment, un cadre d'Amazon ne peut pas dire autre chose. Mais interrogés à l'occasion des trois ans de l'ouverture du centre de distribution de Boves dans la Somme, les élus locaux et les gens interrogés tiennent un discours sensiblement similaire.

"Il y avait des a priori au départ dans la population mais ils ont tous été levés, explique Maryse Vandepitte, maire de la petite commune de Boves (3000 habitants) sur laquelle est implanté depuis 2017 l'entrepôt géant de 107.000 m². Grâce à la taxe foncière payée par Amazon, j'ai pu baisser le prix de la cantine scolaire pour les enfants en octobre dernier et on va construire une salle polyvalente prochainement. En avril, quand on n'avait pas de masques, ils nous en ont donné 2000 pour nos seniors. Qu'est-ce que je peux leur reprocher?"

Un rythme de travail intense

Il faut dire qu'Amazon est arrivé un peu en sauveur en 2017 dans la région au moment des annonces de fermetures des usines Goodyear et Whirlpool.

"C'était vraiment une opportunité pour nous, raconte une salariée du site de Boves. J'avais travaillé 23 ans chez Whirlpool et du jour au lendemain, je me retrouvais sans rien. Et nous étions nombreux dans mon cas, des gens sans diplôme à postuler. Ils m'ont pris chez Amazon et j'ai progressé. Aujourd'hui, je suis responsable de la formation."

Evidemment travailler chez Amazon, ce n'est pas facile. Les cadences sont soutenus, le niveau d'exigence élevé et certains ne tiennent pas.

"Mon beau-frère y a bossé deux ans, explique un chauffeur de taxi qui travaille beaucoup entre la gare de Longueau et l'entrepôt, notamment pour les visites du site. Il a préféré partir chez Procter qui est sur la zone aussi. Le rythme est moins élevé, mais s'il a été pris c'est parce que l'expérience Amazon est très valorisée."

Car cela peut surprendre, mais Amazon jouit d'une aura très favorable dans le monde du travail et de l'entreprise.

"L'arrivée d'Amazon a donné une image positive à la région, explique Alain Gest, le président de la métropole d'Amiens. Après les fermetures de Goodyear et Whirlpool les gens se disaient: "s'ils arrivent à attirer à Amazon c'est qu'ils ne doivent pas être si mauvais.""

Un message qui a pourtant du mal à passer auprès des personnes qui ne vivent pas dans cette région. Il constate souvent une incompréhension.

"Des journalistes m'appellent souvent de Paris pour que je dise du mal d'Amazon, confie-t-il. Mais je les déçois tout le temps parce que je n'ai rien à lui reprocher: elle crée des emplois, paie ses impôts.."

L'américain qui avait prévu de créer 500 emplois sur le site de Boves en est finalement à plus de 620 trois ans après, soit plus du double des salariés de Whirlpool qui ont perdu leur emploi avec la fermeture de l'usine (282 personnes).

"Des salariés payés 25% au dessus du Smic au bout de deux ans, assure Ronan Bolé d'Amazon. Et qui sont assez fidèles à notre entreprise puisque le turn-over est inférieur à 10% par an contre 13 à 15% dans l'industrie en général."

Le patron de la CFDT surpris par Amazon

Un message que se plait d'ailleurs à relayer Laurent Berger. Dans son livre "Permis de construire" publié en 2015, le patron de la CFDT reconnaît avoir été surpris en interrogeant des syndicalistes qui travaillaient chez Amazon.

"Amazon, on le dit, on le redit, ce n'est pas le monde de Disney, c'est de la logistique à flux très tendus. Mais j'y ai rencotré des gens, plus d'hommes que de femmes d'ailleurs, contents de pouvoir travailler correctement. Et ils s'agacent du discours un peu affligé et convenu sur le fait qu'ils bossent chez Amazon. Ils ne sont pas naïfs et savent qu'ils produisent beaucoup de richesses pour un monstre multinational; mais ils se battent sur la répartition. Le salaire de base d'un préparateur de commandes en CDI au bout de six mois est supérieur de plus de 21% au Smic et de plus de 20% au minimum prévu par la convention collective."

Evidemment la question sociale n'est pas la seule soulevée par ceux qui s'opposent au développement d'Amazon en France. La gestion de la crise sanitaire a suscité beaucoup d'inquiétude et la société a été sous le feu des critiques. Les entreprôts ont même du fermer en France suite à une plainte des syndicats sous peine d'une astreinte très élevée.

Pourtant la société affirme ne pas avoir pris le risque à la légère et détaille quelques unes des 150 mesures sanitaires prises à partir d'avril. Changement des sens de circulation pour éviter que les salariés ne se croisent à moins de deux mètres, poses de plexiglas dans les couloirs des entrepôts, distribution de masques, désinfection des bureaux ou poignées de porte ou encore déploiement de 350 personnes dans les sites logistiques afin de faire respecter les gestes barrières. Des mesures pour lesquelles Amazon a dépensé 10 millions d'euros en France.

"Nous avons perdu évidemment en productivité, reconnait Ronan Bolé. Nous mettons trois quarts d'heures pour rentrer sur un site aujourd'hui contre moins de 10 minutes auparavant. Mais honnêtement, la productivité ce n'est pas du tout ce que je regarde en ce moment."

Amazon assure qu'elle dénombre une dizaine de cas de Covid par semaine parmi ses salariés. Deux personnes ont été hospitalisées et la société ne déplore aucun décès.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco