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900 produits sont responsables de 80% du déficit commercial de la France

Un employé examine une voiture dans l'usine "ReFactory" de Flins, près de Paris, le 30 novembre 2021

Un employé examine une voiture dans l'usine "ReFactory" de Flins, près de Paris, le 30 novembre 2021 - Eric PIERMONT © 2019 AFP

Dans un rapport dévoilé mardi, le haut-commissariat au Plan dresse un piteux bilan du commerce extérieur français qu'il accuse d'importants déficits depuis plus de 10 ans. Quels sont les secteurs qui souffrent et ceux qui réussissent?

Pour réduire le déficit commercial français, il faut recommencer à produire en France certains biens désormais importés, plaide le haut-commissariat au Plan (HCP) dans une note publiée mardi, qui dresse une liste de 50 produits pour lesquels il veut engager une réflexion avec les filières concernées.

"En moyenne, le commerce extérieur de notre pays est déficitaire de quelque 75 milliards d'euros sur les dernières années, alors que le commerce extérieur allemand est excédentaire de plus de 200 milliards d'euros", constate le haut-commissaire au Plan François Bayrou en introduction de ce rapport.

Une situation "inacceptable", selon lui, qui témoigne du "déclassement" industriel français, malgré les réussites nationales dans des "productions technologiquement exigeantes", comme les satellites, les avions ou la chimie.

Le constat, bien connu, est sans appel: "la France est en situation de déficit vis-à-vis de la plupart de ses partenaires européens", souligne la note, qui pointe que si nos exportations ont augmenté de plus de 54% entre 2001 et 2019, elles ont progressé de 76% en Italie, de 108% en Allemagne et de 133% en Espagne.

A partir des données détaillées du commerce extérieur de France, nous avons dressé la liste des 15 produits pour lesquels la balance commerciale est le plus déficitaire. C'est logiquement les produits pétroliers qui arrivent en tête avec un déficit commercial de 20 milliards d'euros. Mais derrière on trouve un grand nombre de produits manufacturés qui traduisent un déficit de compétitivité de la France comme l'automobile (-16 Mrd€), le textile et l'habillement (-9,6 Mrd€) ou les produits électroniques (-4,6 Mrd€ pour les smartphones, -4,4 Mrd€ pour les ordinateurs).

Automobile et textile en souffrance en France

Avec la hausse encore plus forte des importations françaises, les parts de marché à l'export de la France au niveau mondial "ont fondu de moitié", passant de 6,3% en 1990 à 3% en 2019.

Pour y remédier, le HCP fait la liste des plus de 900 postes ou produits qui enregistrent un déficit commercial supérieur à 50 millions d'euros. Ils représentent environ 80% du total des déficits commerciaux enregistrés en 2019 sur plus de 6400 produits (sur les 9000 dans la nomenclature) pour un montant de 266 milliards d'euros en 2019.

Le rapport regrette ainsi que la France soit le leader mondial de la culture de la pomme de terre, mais importe massivement chips et autres flocons. De même avec le bois et ses produits dérivés, comme les meubles.

"Après un examen approfondi de nos avantages comparatifs en la matière, ces produits en déficit pourraient correspondre aux champs potentiels d'une stratégie de reconquête de l'appareil productif", propose le HCP.

Avions, médicaments et vins

Limiter la casse dans les produits importés et améliorer la compétitivité du pays dans les secteurs où la France est fortement exportatrice. Toujours avec les données détaillées du commerce extérieur, nous avons dressé le top 15 des produits pour lesquels la balance est le plus fortement bénéficiaire. Ainsi l'aviation arrive logiquement en tête grâce à Airbus (+16,7 Mrd€) devant -et c'est moins connu- les médicaments et les vaccins (+8,4 Mrd€), le vin (+5,5 Mrd€) mais aussi les produits de beauté, de luxe, la joaillerie ou encore le Cognac et le Champagne. Des secteurs sur lesquels la France est historiquement performante même si certains sont fragiles comme le médicament.

Parmi ces produits, le HCP en énumère une cinquantaine dans huit domaines: alimentaire, transports, objets de la maison, machines et outils, matériaux, textile, produits médicaux et pharmaceutiques, et hydrocarbures.

Il souhaite engager un travail avec les filières concernées "sur la manière dont les productions nationales pourraient être renforcées ou constituées".

La robotisation "permet de rapprocher les coûts de production entre les différentes régions du monde", tandis que le "défi climatique" et "la crise économique et sociale" provoquée par la désindustrialisation rendent nécessaire une politique de réindustrialisation, argumente François Bayrou.
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco