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88 entreprises françaises ont opté pour le statut de "société à mission"

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/ - Nappiness - CC0

Pour obtenir ce statut introduit par la loi PACTE, une entreprise doit répondre à cinq objectifs environnementaux et sociaux.

La crise actuelle a profondément fait évoluer la perception du rôle des entreprises dans la société actuelle. Certaines d'entre-elles se questionnent sur leur raison d'être et leurs missions. En jeu, les questions sociales, environnementales, les modes de production et de distribution qui se veulent plus responsables.

Cette volonté d'évolution des pratiques et des missions s'illustre par le passage en "société de mission" d'entreprises, un nouveau statut introduit dans la loi PACTE de 2019.

"La qualité de société à mission peut être obtenue par une entreprise qui, en parallèle de la recherche du profit, souhaite œuvrer pour le bien commun en mettant au cœur de son modèle la résolution des défis sociaux et environnementaux", explique la Communauté des entreprises à mission.

Une entreprise doit répondre à cinq objectifs environnementaux et sociaux:

  1. Informer, sensibiliser et donner les moyens pour une consommation plus responsable
  2. Dynamiser l’emploi sur nos territoires et favoriser l’insertion
  3. Faire de l’économie circulaire
  4. Proposer les meilleurs produits possibles pour la santé
  5. Transformer l’entreprise et participer à la réinvention de nos filières

Ce statut permet donc à une entreprise d’inscrire dans ses statuts une mission. Celle-ci se compose d’une raison d’être (définissant le futur que l’entreprise veut contribuer à bâtir) et d’objectifs associés. Elle s’accompagne de la mise en place d’un dispositif de gouvernance spécifique, le comité de mission, qui est composé d’au moins un salarié et de personnalités externes, et d’une évaluation par un organisme tiers indépendant (OTI).

Essentiellement des entreprises de service

Obtenir ce statut prend donc du temps (maturation et validation), mais on observe depuis le début 2020 une accélération du nombre de sociétés éligibles.

Selon un rapport de la Communauté des entreprises à mission, on en comptait à la fin de l'année dernière 88 contre seulement 8 un an plus tôt. Entre le 3e et 4e trimestre derniers, la progression était de 60% avec 33 entreprises supplémentaires. "L’année 2021 devrait être celle de l’amplification de ce nouveau modèle d’entreprise", peut-on lire dans le rapport.

79% de ces entreprises opèrent dans le domaine des services (deux secteurs se détachent: le conseil et la finance/assurances), 12% dans le commerce et 9% dans l'industrie. Les deux-tiers comptent moins de 50 salariés, et pour le moment, seules 3% des sociétés à mission sont de grandes entreprises. Elles sont très majoritairement installées en Ile-de-France (53/88).

Ce sont des entreprises plutôt jeunes, plus de la moitié ont été créées il y a moins de 10 ans. Et une sur 5 a été créée directement avec le statut de société à mission. "Si les entreprises de plus de 10 ans sont minoritaires, cela tient probablement à ce que la culture d’entreprise et les schémas d’organisation sont beaucoup plus ancrés. S’engager dans le processus de société à mission peut s’avérer plus complexe pour elles", avance le rapport.

Il y a aussi des exemples d'entreprises de la "vieille économie" qui après avoir été en faillite ont été rachetées par des entrepreneurs très sensibles à ces questions. C'est le cas de la Camif, l'institution de Niort, spécialiste de la vente de meubles et d'objets pour la maison.

L'exemple de la Camif

Ses nouveaux proriétaires misent sur l'eco-responsabilité, la qualité et le made in France. En 2015, elle crée une nouvelle gouvernance: la Cellule’OSE (Objet Social Étendu) avec un comité de mission composé notamment de membres externes indépendants censés contrôler les engagements de l'entreprise.

En 2017, la raison d’être est inscrite dans les statuts: "Proposer des produits et services pour la maison au bénéfice de l’Homme et de la planète. Mobiliser notre écosystème (consommateurs, collaborateurs, fournisseurs, actionnaires, acteurs du territoire), collaborer et agir pour inventer de nouveaux modèles de consommation, de production et d’organisation".

Suite logique, en 2020, elle mets à jour ses statuts en devenantg une société à mission. "Nous sommes convaincus que ce nouveau modèle d’entreprise contributrice, qui s’engage pour une économie plus durable, plus locale, plus inclusive et circulaire, est le changement dont le capitalisme a besoin. Il était grand temps de questionner le rôle de l’entreprise dans la société", expliquait Emery Jacquillat, Président de Camif.

Le consommateur est-il sensible à cette remise en question des entreprises? Le distributeur en est convaincu et estime que cette évolution (combinée à son modèle désormais 100% en ligne) contribue à la hausse de son chiffre d'affaires.

"Camif bénéficie de la croissance du e-commerce, en particulier du passage à l'acte de consommateurs-citoyens qui grâce à la crise du Covid, probablement ont compris qu'il fallait changer nos habitudes de consommation en privilégiant le local et le durable", poursuit le dirigeant.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business