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5G: le bannissement de Huawei a-t-il donné des ailes à ses concurrents européens?

Des antennes 5G ont été prises pour cible au Royaume-Uni.

Des antennes 5G ont été prises pour cible au Royaume-Uni. - FABRICE COFFRINI / AFP

Nokia et Ericsson publient leurs résultats annuels, ils sont contrastés.

Acteur majeur des déploiements 5G, Huawei a vu sa croissance stoppée par les appels au boycott de l'administration américaine qui accuse l'équipementier chinois d'espionnage au profit de Pékin. Outre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Suède ont fermé la porte au géant, d'autres lui rendent les choses difficiles.

De quoi offrir des opportunités à la concurrence européenne? Pour le suédois Ericsson, la réponse est positive avec des résultats annuels en hausse, portés par le déploiement continu de la 5G en pleine pandémie de Covid-19.

Ericsson a réalisé un bénéfice net annuel de 17,5 milliards de couronnes (1,7 milliard d'euros), contre 2,2 milliards un an plus tôt, année qui avait notamment été plombée par une provision.

Numérisation des sociétés

Sur un an, le chiffre d'affaires s'est, lui, affiché en hausse de 2%, à 232 milliards, soit plus que ce qui était attendu par les analystes. La marge brute (hors restructurations), indicateur privilégié de l'équipementier pour mesurer sa rentabilité, a atteint 40,6%, soit une hausse de 3,1 points sur un an.

"La pandémie a fait avancer rapidement la numérisation des sociétés (...), nous voyons de plus en plus de signes que les pays et les entreprises considèrent la 5G comme une technologie d'accès clé", a commenté le PDG du groupe suédois Börje Ekholm.

A ce jour, Ericsson a signé 127 contrats commerciaux 5G avec des opérateurs de par le monde, pour 79 réseaux opérationnels, précise le groupe.

Pour le finlandais Nokia par contre, le bilan est plus contrasté. Le groupe a annoncé jeudi être repassé dans le rouge en 2020, en raison d'une opération comptable (une charge exceptionnelle de 2,9 milliards), mais voit son bénéfice opérationnel progresser sur l'année.

La perte nette annuel s'est affiché à 2,4 milliards d'euros (contre un bénéfice de 7 millions en 2019), pour un chiffres d'affaires de 6,57 milliards d'euros, en baisse de 6,2%.

Retour de bâton

Le résultat opérationnel calculé sans tenir compte de la norme comptable IFRS, mesure privilégiée par le groupe, ressort en progression de 5,5% sur un an, à 2,1 milliard.

"Nous avons constaté de bonnes performances en matière de marge brute et de marge d'exploitation pour le quatrième trimestre et l'ensemble de l'année 2020", notamment grâce à la demande sur le marché nord-américain, a déclaré dans le rapport le PDG Pekka Lundmark, à la tête du groupe depuis août.

A ce jour, Nokia a signé 195 contrats avec des opérateurs pour des équipements 5G, un nombre qui inclus également les accords commerciaux pilotes, les essais et démonstrations payantes, précise le groupe.

Si les difficultés de Huawei profitent mécaniquement aux acteurs européens, ces derniers s'inquiètent néanmoins d'un retour de bâton.

Le patron d'Ericsson s'est ainsi inquiété en début d'année des représailles visant son activité en Chine, deuxième marché national du groupe en 2020 derrière les Etats-Unis.

Dans le rapport d'activité, le PDG a une nouvelle fois évoqué vendredi "le risque" que la situation "conduise à des mesures prises par la Chine visant les intérêts économiques de la Suède et de l'industrie suédoise, y compris ceux d'Ericsson".

Olivier Chicheportiche avec AFP