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Etats-Unis, Europe, Australie, Grande-Bretagne, Japon: pourquoi Huawei les inquiète tant

Depuis quelques jours, un mauvais vent souffle sur Huawei qui voient les portes de plusieurs pays du monde se fermer à ses technologies

Depuis quelques jours, un mauvais vent souffle sur Huawei qui voient les portes de plusieurs pays du monde se fermer à ses technologies - AFP

Le chinois Huawei se fait exclure de plusieurs pays du monde. Le groupe est accusé d'espionner les pays clients pour le compte de Pékin, mais des raisons économiques sont également en jeu. Huawei est le leader mondial des télécoms devant Nokia et Ericsson et numéro deux dans la vente des smartphones entre Samsung et Apple.

Huawei devient persona non grata dans de plus en plus de pays. Après les Etats-Unis et l'Australie, c'est au tour de la Nouvelle Zélande, de la Grande-Bretagne et du Japon de fermer la porte des marchés des télécommunications au numéro un mondial. Ce vendredi, alors que la France annonce que le groupe était le bienvenu, comme l'Allemagne, l'Europe a durci le ton. Comment est née cette défiance? 

Ce qui est reproché à Huawei

Espionnage et cybersécurité sont les deux accusations officielles contre le géant chinois des télécoms depuis une décennie, mais les choses se sont accélérées en 2018 avec une alerte des agences de renseignements américaines (CIA, FBI et NSA). En février dernier, elles ont fait part de leur crainte que les Américains soit espionnés via leur smartphone Huawei. Selon ces services, le groupe est une antenne des services de renseignements chinois chargé d’espionner les réseaux, mais aussi capable de mener des cyberattaques. Aucune preuve n’a été apportée pour étayer ces accusations. Huawei, mais aussi le gouvernement chinois, ont toujours démenti ces charges. La défiance repose principalement sur Ren Zhengfei, fondateur de Huawei, qui avant de travailler dans les télécommunications, était officier pour l’Armée Populaire de Libération (APL) où il a travaillé dans une unité technologique.

En janvier, les opérateurs télécoms américains (AT&T et Verizon) annoncent qu’ils ne vendront finalement plus les smartphones de Huawei. Peu après, les militaires américains reçoivent l’interdiction formelle d’en utiliser.

Il y a quelques jours, Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei mais aussi la fille du fondateur, a été arrêtée au Canada à la demande des Etats-Unis. Officiellement, le géant chinois est accusé d'avoir violé l’embargo américain sur l’Iran en 2016.

Y a-t-il d’autres raisons ?

Pour la Chine, le blocus américain n’est rien d’autre qu’un protectionnisme destiné à protéger l’économie des télécoms qui repose sur les ventes de smartphones, mais aussi le marché de la donnée. Cette guerre remonte à plusieurs années et s’amplifie avec le lancement de la 5G prévu pour 2020.

En 2008, le gouvernement américain a bloqué la vente de la société américaine 3Com au géant chinois. En 2011, il a demandé à l’opérateur télécom Sprint de ne pas acheter à Huawei des composants fabriqués pour la construction de son réseau 4G. L’année suivant, la candidature de Huawei à l’appel d’offre américain pour le projet de câble sous-marin transatlantique Hibernia Express a été rejeté par Washington.

Huawei devient aussi un sérieux concurrent pour Apple dans la vente de smartphones. Le groupe chinois talonne l’iPhone et pourrait le dépasser en entrant aux Etats-Unis et même briguer la première place devant le coréen Samsung. Derrière la vente des smartphones, c’est surtout les données personnelles des utilisateurs qui sont le véritable carburant de l’économie numérique.

Qui a déjà banni Huawei de son territoire ?

Les Etats-Unis ne sont plus seuls à vouloir exclure Huawei du marché des télécoms. L’administration américaine a convaincu des membres des Five Eyes, le partenariat d’espionnage entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, de fermer leurs portes à l’entreprise chinoise. 

Dès 2012, le Canada interdit à certains fournisseurs étrangers, sans citer Huawei, numéro un mondial des télécommunications, de participer à la construction du réseau gouvernemental en invoquant "l'exception au titre de la sécurité nationale" prévue dans ses accords commerciaux internationaux. Il y a quelques jours, le groupe britannique BT a annoncé que Huawei ne pourra pas participer a l’installation du réseau 5G qui démarrera en 2019. Il a aussi décidé de désinstaller les antennes relais 3 et 4G, dénonçant ainsi un partenariat de 15 années. Huawei mène des négociations avec les autorités britanniques pour tenter de rester en Grande-Bretagne.

En Allemagne, un porte-parole du ministère de l'Intérieur, s'est prononcée vendredi contre une exclusion de quel que fournisseur que ce soit pour son réseau 5G. Mais, au même moment, Andrus Ansip, vice-président de la Commission européenne, chargé du marché numérique unique, a déclaré que "l'Union européenne devrait se préoccuper de Huawei Technologies et d'autres entreprises technologiques chinoises en raison des risques qu'elles représentent pour le secteur et la sécurité du bloc communautaire".

Le Japon pourrait bientôt annoncer l’interdiction des équipements de télécoms Huawei et ZTE, considérés comme une menace pour la sécurité, viennent de dévoiler le quotidien Yomiuri Shimbun et l'agence de presse Jiji.

Que fait la France ?

La France n’évoque pas l’éviction de Huawei, d’autant que plusieurs opérateurs télécoms (Bouygues et SFR [groupe Altice, propriétaire éagalement de BFMTV]) utilisent ses technologies. Mais elle reste en alerte sur le sujet. Ce vendredi, selon Reuters, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, a déclaré que "les investissements du groupe chinois Huawei sont les bienvenus en France" en précisant "si certains de ces investissements doivent toucher la souveraineté nationale ou des technologies sensibles, c'est à nous, le gouvernement, de fixer certaines limites", a indiqué le locataire de Bercy au vice-Premier ministre chinois, Hu Chunhua.

Mais selon Challenges, Huawei est dans les radars du gouvernement français. Un système de surveillance a été créé en 2015. Cerbère, son nom de code, vise à surveiller de près les activités de Huawei. Ce dispositif a été mis en place par Alexis Kohler, directeur de cabinet du ministre de l’Economie, à l’époque Emmanuel Macron, et Alexandre Ziegler, son alter ego au Quai d’Orsay, à la demande de l’Elysée et de Matignon. Ce plan regroupe six ministères, les agences de renseignement (DGSI, DGSE…) et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi). Dans une note, les services de renseignements admettent un risque d’espionnage pour le compte du gouvernement chinois. 

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco