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La crise se poursuit à l'hôpital de Gap après la réintégration d'un chirurgien "lanceur d'alerte"

L'hôpital de Gap (image d'illustration)

L'hôpital de Gap (image d'illustration) - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Le collectif Pour l'avenir du Chicas appelle à un nouveau rassemblement du personnel vendredi devant l'hôpital de Gap.

Ils veulent faire entendre leur "souffrance" et leur "écoeurement". Le collectif Pour l'avenir du Chicas appelle à un "rassemblement massif du personnel, des patients et de la population" ce vendredi devant l'hôpital de Gap. En cause, un conflit interne lié au retour du Dr Raouf Hammami depuis la mi-mars après deux ans de suspension.

Pourquoi cette crise?

Le collectif de soignants dénonce le retour "sans aucune sanction" de ce praticien, "malgré un violent conflit qui mine depuis plusieurs années le service d'orthopédie". "Nous avons perdu notre sérénité et notre confiance, la tension est extrême, incompatible avec des conditions de travail normales et avec une 3e vague de Covid-19", écrit le collectif Chicas dans un communiqué.

Ce chirurgien de l'hôpital de Gap, accusé par des collègues d'avoir provoqué une grave crise interne, a été dédouané par un conseil de discipline national. Le Défenseur des droits a reconnu le 10 mars la qualité de "lanceur d'alerte" au Dr Raouf Hammami. Ce dernier avait dénoncé à partir de 2018 les pratiques chirurgicales d'un collègue, ce qui lui avait valu des "représailles" des responsables de santé locaux, selon l'institution nationale.

Dans la foulée, le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers (CNG, qui dépend du ministère de la Santé) a décidé le 9 avril de ne pas prendre de sanction à l'encontre du Dr Hammami.

"Aussi regrettables que puissent être certains termes que vous avez employés ou certaines de vos attitudes, votre comportement ne peut être qualifié de fautif", écrit sa directrice dans une décision dont l'AFP a obtenue copie mardi.

Le Dr Hammami a accueilli cette décision avec "soulagement et satisfaction", a-t-il déclaré à l'AFP, se disant "lavé de tout accusation de harcèlement, menace ou comportement inadapté." A partir de 2018, il avait dénoncé une pratique de son collègue Gilles Norotte, la cimentoplastie discale, considérée comme "non valide" par une société savante et qui fait l'objet d'une enquête pénale pour défaut d'information des patients. Ses pratiques avaient également été dénoncées par le nageur Alain Bernard pour un traitement effectué sur sa mère.

Des consultations et interventions annulées

Au sein de l'hôpital de Gap, le plus important des Hautes-Alpes, le retour du Dr Hammami a conduit à la mise en arrêt maladie de médecins assurant ne pas être en mesure de soigner aux côtés du praticien. Près de 50 agents ont été reçus par le médecin du travail et une trentaine de médecins et soignants sont en arrêt maladie selon le collectif Pour l'avenir du Chicas.

Cette crise interne provoque "une rupture des prises en charge traumatologiques", a alerte ce collectif qui s'inquiète vivement du retour de Raouf Hammami. Plus de 500 consultations et 200 interventions ont été annulées ou reportées, selon le collectif qui juge par ailleurs "discutable" la qualité de "lanceur d'alerte" reconnue au chirurgien.

Le collectif Chicas cite par ailleurs le rapport d'inspection de l'Agence régionale de santé de février 2019 qui concluait que le retour du Dr Hammami dans l'établissement n'était "pas possible compte tenu des menaces qu'il a proférées et de l'état d'esprit dans lequel il demeure".

Une médiation pour "apaiser la situation"

Dans ce "contexte complexe", "j'en appelle (...) à votre mobilisation pour contribuer à un climat d'apaisement pour cette reprise", écrit la directrice du CNG au chirurgien. Elle l'informe qu'une médiation va être organisée afin "d'apaiser la situation" et "de faire prévaloir la qualité et la sécurité des soins."

Pour les soignants opposés à son retour, le CNG "ne mesure pas la gravité de la situation et l'ampleur (des) conséquences" de sa décision de ne pas le sanctionner pour son "comportement inapproprié, anti-déontologique et clivant", écrivent-ils dans un communiqué, en appelant à manifester vendredi devant l'hôpital.

Carole Blanchard avec AFP